10 idées reçues sur le Maroc

Voici un tour d’horizons des idées reçues sur le Maroc… À prendre, à tordre et à balancer illico sur la Place D’Clichés (Poke Gad Elmaleh).

1
Le Maroc est un pays arabe

Et non, le Maroc n’est pas plus arabe que l’épicier du coin de la rue faussement appelé « l’épicier arabe ». À l’origine il y eut le peuple amazigh, dit berbère, à l’histoire millénaire. Si ses origines demeurent inconnues, des traces d’occupation remonteraient à la préhistoire. Quelques siècles et intrusions plus tard (Phéniciens, Carthaginois, Romains, Vandales…), voilà que les premiers colons débarquent.
Nous sommes en 683. Les conquérants ne sont ni Français, ni Espagnols (ces colons-là vont débarquer beaucoup plus tard au début du XXe siècle) mais bien Arabes. Ils arriveront au Maroc par vagues successives jusqu’au  XVe siècle.
Depuis lors, ce joli monde composé de berbères et d'Arabes cohabite aux côtés des minorités juives, déjà présentes sur le sol marocain à l’Antiquité, mais aussi harratines (descendants d’esclaves originaires d’Afrique) et sahraouis. Comme je suis sympa, je ne vous parle pas (du moins pas pour le moment) des différents groupes ethniques et linguistiques (Chleuhs, Rifains et Zayanes) qui composent le peuple berbère, dit peuple Amazigh. Vous l’aurez compris, le Maroc est ce qu’on appelle un joli melting pot d’ethnies, de cultures et de langues.

« Arabes du coin », vraiment ?
Pour revenir à nos épiciers de quartiers, trop souvent appelés « Arabes du coin », il convient de préciser qu’ils ne sont pas d’origine arabe… mais bien Amazigh. Ces épiciers, faisant désormais partie intégrante du paysage culturel français, sont pour la plupart originaires du Souss marocain, du Mzab algérien et de Djerba en Tunisie (quand ils ne viennent pas de Chine, d’Inde et du Pakistan).
La réplique culte d’Omar Sharif extrait de l’excellentissime roman Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (Eric-Emmanuel Schmitt) ajoute « Pour tout le monde, je suis l’Arabe du coin. Arabe, ça veut dire ouvert la nuit et le dimanche, dans l’épicerie. »

2
Le Maroc est un pays chaud

Ce n’est pas la Sibérie, certes… Et pourtant, il peut y faire très froid. Et oui, au Maroc, le terme « pays de contrastes » vaut aussi pour le climat. Lové entre Méditerranée, Atlantique, désert et sommets de l’Atlas, le Maroc est un pays où il est possible de parcourir les 4 saisons… dans une seule et même journée.
L’hiver, il est courant de travailler recouvert d’un manteau épais (en dépit du chauffage)… avant de parfaire son bronzage lors d’un déjeuner en terrasse. Sur les massifs de l’Atlas et du Rif, le thermomètre flirte régulièrement avec -10°… pendant qu’à Marrakech, on flâne en T-Shirt dans la palmeraie sous fond de montagnes enneigées… « Un pays froid où le soleil est chaud » disait Lyautey !

3
Au Maroc il y a plein de chameaux

Tapez « Chameau » et « Maroc » dans votre moteur de recherche Google et vous découvrirez une myriade de proposition de méharées à ne plus savoir quelle monture choisir… Pourtant, il n’existe pas la moindre trace de chameau au Maroc, celui-ci étant originaire… d’Asie centrale (et possédant pour rappel deux bosses). En revanche de nombreux mammifères de la famille des camélidés roulent tranquillement leurs bosses dans les régions du grand sud marocain. Il s’agit des cousins des chameaux, reconnaissables donc à leur seule et unique bosse et appelés… les dromadaires !

Un chameau ? Non, un dromadaire :
Un chameau ? Non, un dromadaire !

4
Le Maroc est un pays pauvre

Il suffit de se promener dans les quartiers d’Anfa à Casablanca ou des Ambassadors à Rabat pour comprendre que le Maroc n’est pas un pays pauvre… Ici les villas n’ont rien (mais alors rien) à envier aux appartements cossus (mais petits) du 16e arrondissement de Paris… Golf, boîtes de nuits branchées, cliniques de chirurgie esthétique, personnel de maison et Porsche Cayenne s'affichent sans complexes aux abords des décharges à ciel ouvert qui ceinturent les agglomérations…
Non, le Maroc n'est pas à un contraste près… Mais il convient de rappeler que cette équation-là vaut aussi à l’échelle du monde, et que dans cette échelle-là, nul ne brille par son exemplarité…

5
Le Maroc, ça craint en ce moment…

Il faut croire qu’il est devenu de bon ton de bouder le Maroc. Cultiver la peur irrationnelle et les amalgames chers aux intégristes, extrémistes et autres noms en « istes » serait même devenu la norme… Alors bien sûr l’actualité mondiale est anxiogène. Bien sûr, le risque zéro n’existe pas. Bien sûr, il faut être vigilant : Casablanca, Marrakech, Paris ou Londres : même combat !
Mais de là à rester cloîtré dans sa bulle de préjugés visant à faire de chaque Marocain un potentiel individu dangereux, euh comment dire ?… Et bien justement, peut-être est-il préférable de ne rien dire mais plutôt d’agir, en allant, simplement, à la rencontre de l’Autre. Agir en reconsidérant le monde loin de la fenêtre médiatique et télévisuelle qui nous est offerte. Agir en ouvrant les portes de son cœur. Car oui, le monde est bien plus vaste, plus multiple, plus riche et ouvert que ce qu’on veut bien nous laisser croire.

6
Au Maroc, il y a les villes impériales, la mer et le désert !

Et non, au Maroc, il n’y a pas QUE les villes impériales, la mer et le désert. Contre toute idée reçue, le royaume chérifien repose sur une terre toute en courbes et en contre-courbes accidentées. Ses montagnes, étalées sur 4 chaînes de montagnes parallèles (Haut-Atlas, Moyen-Atlas, Anti-Atlas et Rif) occupent près des deux tiers du territoire faisant du Maroc une terre de trek par excellence ! Si le Jbel Toubkal (4167 mètres), le Jbel M’Goun (4071 mètres) et le jbel Saghro (2712 mètres) comptent parmi les montagnes stars, d’innombrables chemins de treks parallèles multiplient les possibilités de voyages sur le toit du Maroc.

L'appel des montagnes du Haut Atlas marocain
L'appel des montagnes du Haut Atlas marocain

7
 Le couscous aux merguez… mmm c’est royal !

N’en déplaise aux gourmands, aussi royal soit-il, le couscous royal aux merguez n’existe pas au Maroc. Il est une pure invention/adaptation des restaurateurs marocains, algériens ou tunisiens de la place de Paris.
La version marocaine du couscous comprend quant à elle de nombreux légumes et un peu de viande (bœuf, poulet voir mouton). Inutile non plus de chercher la sauce Harissa ! Au Maroc, vous aurez plus de chance de déguster votre couscous avec une sauce Tfaya à base de raisons secs et d’oignons caramélisés… Alors c’est peut-être pas un couscous royal mais... mmhh c’est royal !

8
Casablanca ce n’est pas le Maroc

Avec son Twin Center, ses malls derniers cri, ses starts-ups et ses grands boulevards, Casablanca vous catapulte dans un Maroc aux airs de mégalopole occidentale. Loin de l’abondance des palais, des vallées rieuses et de l’ambiance pittoresque des médinas vit une cité grouillante où se côtoient sans complexes costumes 3 pièces, djellabas, 4x4 rutilants, charrettes, restaurants branchés et food trucks pittoresques. Si ce n’est pas le Maroc, c’est un certain Maroc qui révèle, lui aussi, sa part de fascination.

Partie de foot devant l'église du Sacré Coeur (Casablanca)
Partie de foot devant l'église du Sacré Cœur (Casablanca)

9
Les Marocains harcèlent les touristes…

Faux guides, marchands ambulants, rabatteurs, gardiens de voiture, mendiants, portiers, diseuses de bonne-aventure, tatoueuses de henné, non-voyants (vrais et faux), vendeurs de la coopérative de commerce équitable… Les sollicitations sont nombreuses au Maroc !
N’oublions pas que beaucoup de Marocains vivent en dessous du seuil de pauvreté, et que quiconque dans la même situation ferait sans doute pareil. Mais les sollicitations ne sont pas réservées aux seuls touristes et voyageurs. Elles concernent aussi les Marocains eux-mêmes. C’est ce qui explique d’ailleurs en partie que beaucoup d’entre-deux sont passés maîtres dans l’art de la négociation… avec l'option "humour" s’il vous plaît !

10
Les dentistes marocains sont des arracheurs de dents

Leurs étals de prothèses, visibles sur la place Jema el Fna ne vous auront sans doute pas échappé. Arracheurs de dents et autres mécaniciens de dents sont légion au Maroc. Leur profession serait d’ailleurs un leg (et pas des plus précieux) du colonialisme. En effet, durant le protectorat, la médecine marocaine fonctionnait à deux vitesses (cela n’a pas tellement changé d’ailleurs) avec une médecine pour colons fortunés et fortunés tout court et une autre pour les autres, et parmi elle les fameux pseudo-dentistesSi ces mécaniciens des dents exercent aujourd’hui en toute illégalité dans le Maroc, cela n’empêche pas le Royaume de disposer de vrais médecins-dentistes, titulaire de diplômes européens ou équivalents et dont le niveau high-tech des cabinets dépasse parfois de loin celui de leurs homologues européens… Et d’ailleurs, pour information, la couronne y est à moitié prix… Mais bon, j’dis ça, j’dis rien…

Li micanicien di dents
Li micanicien di dents
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné