24 heures à Asilah

C’est le genre d’endroit où l’on se verrait bien poser ses valises durablement pour se mettre à l’art, à l’écriture ou à la méditation… Inspiring disent les artistes… En parlant d’artistes, beaucoup y ont élu domicile.

8h : Réveil au chant du coq

Se réveiller à Berbari, au cœur d’une maison d’hôtes plantée dans la campagne d’Asilah. Emplir ses oreilles du chant du coq, du caquètement des cigognes et du braiment des ânes. S’émerveiller du décor fait de matériaux recyclés, d’un piano à queue, d’une bibliothèque, de bric et de broc. Entamer une conversation chaleureuse et authentique avec Rachida, la maîtresse de lieux. Se dire que le séjour s’annonce sous les meilleurs auspices…

9h : Un petit déjeuner sous un angle panoramique

Se faire happer par la terrasse de Berbari à l’heure où les premiers rayons de l’astre solaire subliment le paysage. Essayer l’un des hamacs, planté face aux collines bucoliques dessinées face à vous. Contempler la nature et se dire « on est pas bien ici ? ». Finir enfin de remettre ses paramètres à jour avec des mélouis (crêpes marocaines), le premier thé de la journée et un jus d’orange surchargé en vitamines et en goût !

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9h30 : Le bonjour à l’océan !

Il est temps de troquer les cigognes de Berbari contre les mouettes des plages sauvages, égrainées tout le long de la côte au sud d’Asilah. On atteint la plage de Sidi Mghait après une déambulation à proximité de la résidence de la famille Guerrand-Hermès. C’est une fois immergé dans la pureté des éléments naturels et iodés qu’on prend la mesure de l’enjeu de la polémique « Hercule contre Hermès » mise en lumière par le documentaire éponyme. Ici donc, une famille de paysans marocains sans ressource résiste aux héritiers de la maison de luxe. Le héros des 12 travaux l’emportera-t-il sur le dieu du commerce ? Affaire à suivre…

12h30 : Saveurs du jour et robinsonnades

Envie d’un déjeuner face à la mer ? Filez vous réfugier sous les paillotes en roseaux de Chez Mounir et posez-vous face contre terre… Ici, les plats concoctés par les femmes du village vous donnent de nouveaux prétextes pour suspendre le temps.

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14h30 : Promenade historique et arty dans la médina d’Asilah

Un bijou de médina proprette, paisible et street art ; telle pourrait être décrite brièvement la vieille ville d’Asilah. Mais le mot « brièvement » convient mal à Asilah. Non, pour saisir son ADN, il faut prendre le temps d’aller à sa rencontre. Engouffrez-vous dans ses robustes remparts fondés par les Portugais au XVe siècle. Souvenirs d’un temps fait de conquêtes, de luttes acharnées et d’échanges commerciaux. Phéniciens, Romains, Normands, Omeyyades, Portugais, Espagnols, Saadiens et Alaouites se disputèrent tour à tour son site. Il subsiste de ce passé mouvementé un patrimoine architectural qui rajoute à la beauté du lieu.
Au hasard des déambulations dans les ruelles étroites d’Asilah, le voyageur tombe nez à nez avec une porte bleue, un panorama sur l’océan, un atelier d’artiste ou une fresque colorée. Chaque année, à l’occasion du Moussem d’Asilah, les artistes sont invités à relooker les murs de la médina. Résultat ? D’année en année Asilah n’est jamais la même. Et c’est toujours avec un enthousiasme renouvelé que le voyageur la (re)découvre.

15h30 : Rencontre avec les artistes

Un mur orné de calligraphies, des notes de musique, une porte ouverte en guise d’invitation… Saddik Haddari nous accueille dans son atelier et exécute une calligraphie personnalisée sous nos yeux ébahis par la précision et la virtuosité du geste (et du rendu !) À quelques pas de là, rencontre étonnante avec Anne Judith Van Loock, l’ex-modèle du peintre René Magritte elle-même, dans sa galerie, lovée au cœur de la médina.

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16h30 : C’est l’heure du thé !

Au pied de l’imposante tour carrée Al Kamra, la terrasse ensoleillée d’Al Medina, l’unique café de la médina tombe à pic pour reposer les gambettes. Ici, comme dans le nord du Maroc, la nanah (la menthe) est incorporée directement dans un grand verre à thé. Et on ne sait plus très bien si c’est le sucre ou le cri des mouettes volubiles qui donne au thé à la menthe sa saveur irrésistible.

17h30 : Du palais Raïssouni à la ville nouvelle

Moulay Ahmed Raïssouni : ce nom ne vous dit rien ? C’est parce que vous n’êtes pas né(e) dans le Rif au début du XXe siècle. Bandit et voleur de grand chemin ce chef tribal rifain, redouté de tous fit d’Asilah son fief.
Son palais, érigé en 1908, témoigne du pouvoir qu’il parvint à établir sur les populations locales. Sols de marbre, bois peints, plâtres ciselés, balcons en fer forgé et murs pavés de zelliges composent ce bijou d’architecture arabo-andalouse. On regrette cependant qu’il ne soit ouvert au public qu’à l’occasion du festival culturel international d’Asilah ou lors d’expositions temporaires.
Vos pas vous mènent ensuite vers la place Zellaka ou l’église chrétienne Saint-Bartholomew donne la réplique aux édifices coloniaux à la blancheur immaculée.

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19h30 : Quand le soleil décline…

La tradition du Paseo, héritée du protectorat espagnol, vous rappelle que l’Andalousie n’est pas loin… Les terrasses des cafés sont envahis par des groupes d’hommes qui lisent la presse, jouent aux cartes ou fument le cigarillo. Les familles gardent un œil vigilent sur les gamins qui improvisent des courses de vélo et des parties de football. À deux pas, marchands de cacahuètes, de DVD piratés et de chinoiseries rentrent en scène, à l’affût d’hypothétiques clients.
Il faut converger vers la Krikia, jetée élevée sur les flots de l’Atlantique, pour assister, médusés, au coucher du soleil. Jeunes amoureux jouant les romantiques sont déjà aux premières loges du spectacle… Puis, les derniers rayons de l’astre solaire entraînent dans leur course les lumières diffuses caressant les toits de la coupole blanche du Marabout de Sidi Ahmed Ibn Moussa. Le sentiment de béatitude est amplifié par le fracas des vagues de l’Atlantique, cet ami intime de la ville.

21h : Saveurs espagnoles à l’honneur

Attablez-vous sur les bancs de la Casa Garcia, une institution qui ne désemplit jamais. Les poissons et les crustacés de la carte proviennent directement du port situé à 100 mètres de là. Au diable le régime et hasta pronto (à bientôt) Asilah !

Asilah en pratique

Y aller
Depuis Tanger : 45 km (40 min de route)
Depuis Chefchaouen : 133 km (2h15 de route)
Depuis Rabat : 211 km (2h15 de route)
Asilah fait l’objet d’une belle étape lors d’un itinéraire dans le Maroc andalou.
Amateurs de quiétude, découvrez Asilah hors saison (printemps ou automne sont un must).
Passionnés de culture, rendez-vous lors du Moussem culturel d’Asilah au mois d’août.
Se loger
La maison de campagne Berbari, village de Medchar Ghanem, à 7 km d'Asilah
Se régaler
Chez Mounir, à 14 km au sud d'Asilah. Spécialités marocaines, face à la mer.
La Casa Garcia, avenue Melillia Aprince Heirithier, Asilah. Cuisine d’inspiration espagnole.

© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné