5 raisons de week-ender à Chefchaouen

Chefchaouen vous offre de bien meilleures raison que le kif pour aller week-ender dans sa médina. La ville ne possède, il est vrai, ni le faste de Fès, ni le patrimoine de Rabat, ni l’effervescence de Marrakech. Elle ne possède pas de monuments emblématiques. Pas non plus de musées prestigieux. Et encore moins d’hôtels-clubs… et Allah merci ! Pourtant à peine franchi la porte de la petite cité, lotie à 600 mètres au pied des contreforts du Rif, que le voyageur est déjà happé par son charme irrésistible… Démonstration en 5 points et autant de raisons pour kiffer Chefchaouen !

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 Voir la vie en bleu…

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« La ville bleue », annoncent les catalogues touristiques… À Chaouen (son petit nom local), la formule n’a rien d’une hyperbole... Le bleu lui va si bien ! Sa médina, accrochée au flanc des jbels Kelaa (2 050 mètres) et Meggou (1 616 mètres) a comme des airs de toile cubiste. Pour prendre le pouls de ses nuances chromatiques, il faut s’aventurer dans ses venelles tortueuses, tout en up and down. Bleu azur, bleu cobalt, bleu lavande et bleu outremer se confondent en tous lieux comme pour mieux défier le bleu du ciel.
Au hasard des déambulations, des vues s’ouvrent, tel des balcons panoramiques, sur les toits chaulés de bleu qui courent jusqu’aux montagnes. Le choc esthétique est si puissant qu’on se prend à penser que toutes les villes du monde mériteraient bien quelques coups de pinceaux pour égayer leurs univers…

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… et en rouge, et en vert, et en jaune

Si le bleu l’emporte largement, le rouge, le vert et le jaune ne sont pas en reste à Chefchaouen… Ici, des cornets d’épices multicolores donnent la réplique aux bleus des maisons. Là-bas, place aux pots de fleurs, aux tapis artisanaux et au linge volant sur le toit des terrasses. En tous lieux, les chapeaux et les costumes traditionnels portés par les femmes font de jolis pieds de nez aux pigments bleutés des maisons.
Le match chromatique est serré sur la place du marché où se tient le souk tous les lundis et les jeudis. Une foule colorée se presse autour des étals de légumes, de fruits et de pièces de tissus rayés, formant un univers contrasté à l’infini. Le moment parfait pour révéler vos meilleurs talents de négociateurs et/ou de photographes !

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S’offrir un cours d’histoire arabo-andalouse en accéléré

Fondée au XVe siècle, Chefchaouen fut le refuge des musulmans et des juifs, chassés de Grenade au XVIIe siècle. Pour lire l’histoire de la cité, il faut partir à l’assaut de sa casbah, érigée sur la place Uta el Hammam. Les nuances vertes de ses jardins, plantés d’orangers, évoquent déjà l’influence andalouse. On imagine sans mal, du haut de ses miradors, les envahisseurs espagnols et portugais qui jadis convoitaient la cité. Les chaînes, accrochées sur les murs de ses cachots, rappellent le sort qui était réservé aux prisonniers.
C’est que la ville, réputée sainte, fut longtemps un bastion « antichrétien » dont l’accès était prohibé aux nassara (chrétiens). Quiconque osait braver l’interdit risquait la peine de mort… Pourtant un persona non grata ne se laissa pas intimider. Lui ? Un certain Charles de Foucault, qui eut l’idée (et le courage !) de se déguiser en rabbin pour pénétrer incognito dans la cité en 1883. Il écrivit à propos de Chefchaouen qu’elle n’était que « vie, richesse et fraîcheur ». On a une bonne nouvelle pour vous : elle l’est toujours… Et nul besoin de déguisement pour y être le bienvenu !

Le saviez-vous ?

Regarde les cornes : le nom Chefchaouen vient de chouf, "regarde" en darija, et echaouen, "les cornes" en amazigh. Mais oui, regardez les cornes sculptées dans la montagne !
Chefchaouen kife le kif : Chefchaouen est connue dans tout le Maroc (et sans doute au-delà) pour sa culture (et ses champs de cultures) du kif. Inutile de préciser que sa consommation est à proscrire !
Scoop : Éric Clapton, le célèbre chanteur britannique, est lui aussi tombé sous le charme de Chafchaouen. Tant et si bien qu’il y a acheté une maison !
Langue de Cervantes VS langue de Molière : Chefchaouen est une ancienne ville du protectorat espagnol. Ce qui explique pourquoi, la langue de Cervantes y détrône celle de Molière dans la catégorie « jargons touristiques »… Habla usted español ?

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Buller sur la place Uta el Hammam à l’heure où le soleil décline

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La place Uta el Hammam est le centre névralgique de Chefchaouen. Là où, comme à Rome, tous chemins mènent et là où nos pas finissent toujours par nous ramener… y compris lorsqu’on s’attelle soigneusement à l’éclipser (essayez et vous comprendrez).
Surplombée par la casbah, le minaret octogonal de la grande mosquée et les hauteurs de la médina, la place Uta el Hammam est le point de rendez-vous préféré des chaounis (habitants de Chefchaouen) à l’heure ou le soleil décline. Il se dégage de ses terrasses comme des réminiscences andalouses. Les enfants jouent en toute liberté sous l’œil insouciant des anciens. Les conversations des locaux et des voyageurs s’entremêlent. Les vendeurs ambulants rentrent en scène. Et le thé à la menthe, siroté relax face au va-et-vient de la place a comme un gout d’éternité…

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Savourer les p’tits plaisirs de la vie

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Oubliez les city-maps, les itinéraires clé-en main et autres GPS. À Chefchaouen, les meilleurs guides sont les sens, la curiosité et les rencontres… Les déambulations mènent parfois les pas des voyageurs vers une venelle en cul-de-sac mais cela n’a plus aucune importance lorsque le temps est retrouvé. Au détour d’une ruelle vous attend un verre de jus d’oranges pressées, une odeur de tagine fumant ou une conversation avec un chaouni.
Ne manquez pas de grimper vous rafraîchir à la source Ras el Ma, perchée à 3 km au dessus de la médina. À deux pas des laveries traditionnelles, où les femmes bâtent frénétiquement le linge, quelques points de vue vous permettent de balayer la cité bleue du regard. S’ensuit une foultitude de tranches de vie offertes généreusement à vos sens. Ici des chats qui paressent au soleil. Là-bas des hommes vêtus de jellabas épaisses qui savourent le temps qui passe. À deux pas, des artisans à l’œuvre qui cisèlent, dessinent et martèlent, faisant écho au pas des ânes qui se frayent un chemin sur les pavés. Puis, une dégustation de fromage de chèvre de Chefchaouen s’improvise. Et ô surprise, le plus vieil hammam de la ville bleue chauffé au feu de bois se tient face à vous. Un rooftop tombe à pic, enfin, pour reposer les gambettes. Le moment parfait pour vous délecter des mélopées du muezzin sublimées par les lumières de l’astre solaire évanescent. L’impression de toucher à un Maroc authentique, sans far ni détour se dessine. Chefchaouen est, vous l’aurez compris, un endroit délicieux, tout en simplicité !

Chefchaouen en pratique

Y aller depuis Tanger : 112 km (1h45 de route)
Y aller depuis Fès : 199 km (2h35 de route)
Y aller depuis Rabat : 252 km (3h de route)
Chefchaouen fait l’objet d’une belle étape lors d’un itinéraire dans le Maroc andalou.
Prévoyez une journée pour faire le tour de la cité, 2 jours de visite pour faire le tour de la cité en prenant son temps et 3 jours pour faire le tour de la cité et des environs (le parc de Talassemtane, le pont de Dieu et les cascades d’Akchour).

© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné