Tu sais que c’est Ramadan quand…

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Tu dis « On s’appelle, on s’fait un ftour » ?

Oubliez le dîner au resto et les cocktails dînatoires… Pendant le Ramadan, l’heure est au ftour (le repas de la rupture du jeune), qui signifie en arabe « petit déjeuner ».
Le générique de pub pourrait être le suivant : « Il vient toujours au bon moment avec sa harira (soupe) et ses chebbakias (douceurs sucrées), l’ami du petit déjeuner… » Et pour cause, le ftour ressemble à s’y méprendre à un petit déjeuner. Café, thé, chocolat au lait, petits pains, beurre, miel, pâtisseries sucrées et parfois même croissants, pains au chocolat ou toasts… Rien ne manque à l’appel. Rajoutez à cela la traditionnelle harira (soupe marocaine), des œufs durs au cumin, des dattes voir des pizzas ou des mini-sandwichs et vous voilà devant une belle table de ftour dressée devant vous.
Le ftour est un moment hautement convivial à partager en famille ou entre amis. C’est aussi l'une des plus belles expériences à vivre pour qui souhaite vivre le Maroc en immersion.

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Les rues désemplissent à l’heure du ftour

Posez un voyageur étranger au beau milieu de Casa à l’heure du ftour et il se demandera si :
1 – La ville aurait-elle été désertée par ses habitants ?
2 – S’il n’est pas dans le remake du film La ville fantôme.
3 – S’il y a un couvre-feu.
C’est que la vision de Casablanca, Rabat ou Tanger à l’heure du ftour est pour le moins étonnante. Alors que les appétits s’éveillent, le bitume se repose… Dans les rues : pas un chat, pas une mobylette, pas une voiture, pas un porteur d’eau, rien… ou plutôt walou.
Les amateurs de photos insolites ne résisteront pas à une flânerie à l’heure du ftour. Sensation étrange que de rouler sur une route ou une autoroute déserte… Évidemment, ce n’est pas parce que les policiers rompent leur jeûne qu’il faut en profiter pour faire une pointe à 150 km/h sur l’autoroute.

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… avant d’être envahies après le ftour

Et plus précisément après le feuilleton qui suit le ftour ou la prière, tout dépend…  L’animation reprend alors ses droits. Les rues grouillent, les cafés bruissent, les enfants jouent, les rires s’envolent, les conversations fusent, les terrasses affichent complet, les marchands ambulants reprennent leurs marques et des événements s’improvisent un peu partout (concerts, animations, musique, festivals…) Les nuits du Ramadan ont encore de belles heures avant le lever de l’astre solaire…

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Tu t’y perds dans les horaires…

Comme tous les ans, un changement d’heure exceptionnel a lieu durant Ramadan. Objectif ? Rendre le mois sacré plus « confortable » en avançant le temps d’une heure. Voyant que les opérateurs téléphoniques tardent à modifier les horaires en question, tu passes par le paramétrage manuel. Et c’est ainsi, que sans savoir pourquoi, tu te retrouves à attendre tes enfants à la sortie de l’école avec une heure d’avance. Et oui, même si le soleil est censé donner le la pendant le Ramadan, on s’y perd un peu…

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… et dans les dates

Chaque année, à l’approche du mois saint, une question cristallise le Royaume : la lune a-t-elle été observée ? « Alors, c’est quand, mercredi ou jeudi ? » « Ah bon, c’est demain le Ramadan ? » « T’es sûr ? »

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Tes rythmes sont chamboulés

Fini la pause déjeuner en terrasse. Pendant le mois sacré, entreprises, écoles, administrations et banques mettent en place les horaires de Ramadan. Comptez grosso modo une plage horaire s’étendant de 9h à 15h30 sans interruption.
Pour les magasins l’ouverture peut-être décalée à 11h ou 12h pour fermer avant l’heure du ftour et jouer les prolongations nocturnes.

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La vie tourne au ralenti

Bien sûr le jeûne est fatiguant… Non pas pour celles et ceux qui ont décidé d’inverser le jour et la nuit mais bien pour celles et ceux qui allient Ramadan et travail diurne. Le jeûne impacte inéluctablement la productivité, non sans faire grincer des dents certains chefs d’entreprise. Car bien sûr, horaire continu ne veut pas dire travail continu…

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La spiritualité mène la danse

Des mosquées éphémères sont dressées dans les quartiers et dans les résidences privées, les djellabas blanches sortent du dressing, le muezzin grignote quelques décibels, la prière à la mosquée affiche complet, la charité et le partage s’invitent en tous lieux, des repas sont distribués aux nécessiteux…
Bref, l’heure est la spiritualité et au partage. Rappelons qu’il s’agit bien là du but premier du Ramadan. À l’instar du Carême chez les chrétiens, le Ramadan permet notamment au croyant de se rapprocher des grandes réalités divines par, notamment, l’allègement de ses pulsions égotiques.

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La tendance est à la procrastination

La devise est « Toujours remettre à après l’Aïd ce que l’on on ne peut pas faire demain »… Un week-end dans l’Atlas ? Une réunion professionnelle ? Un projet à conclure ? « OK, mais après Ramadan Inchallah ! »

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Tu es catapulté sur les grands boulevards à la veille de Noël

Ceci est particulièrement vrai les jours précédant le mois sacré. C’est une découverte que je ne soupçonnais même pas avant mon premier Ramadan passé dans le Royaume chérifien. Celle de découvrir des sacs à provision débordant de farines, de miel, d’huiles et de victuailles en tout genre, celle des queues interminables dans les magasins, celle de de la consommation à outrance…
Quand le shopping et la tradition s’entremêlent, cela donne une ambiance qui n’est pas sans rappeler Noël dans nos contrées. Vous savez, les bons petits plats de fête préparés par maman ?

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Les publicités sont incisives

Les Ramadan Moubarak Saïd (Joyeux Ramadan) et autres Ramadan Karim accompagnés d’illustrations d’étoiles et de lunes au graphisme parfois kitsch s’invitent en tous lieux. Sur les pages des journaux, sur les 4 par 3, dans les spots télé et dans les animations digitales… Impossible de les louper ! Les marques en profitent pour faire les yeux doux aux consommateurs. Recettes de cuisine, sauce tomates, huiles et dattes fusent sur les encarts publicitaires.

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Tu as la plage pour toi tout seul

Avantage et pas des moindres, les plages et les sites touristiques sont désertés !

 

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Les sportifs du Ramadan envahissent les parcs et les jardins

Voilà une autre découverte que je ne soupçonnais pas non plus. Une ou deux heures avant le ftour, les parcs et les jardins publics sont littéralement envahis par une foule de joggeurs. Et oui, après les sportifs du dimanche, place aux sportifs du Ramadan !

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L’alcool a disparu

Au grand dam de ceux qui en consomment (et qui ne se sont pas organisés plus tôt pour approvisionner les stocks)… Les non-musulmans peuvent toujours se ravitailler dans les rares points de vente ou restaurants ouverts pendant le Ramadan, à condition toutefois de prouver, passeport à l’appui, qu’ils sont bien des « mécréants »…

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Les "déjeuneurs" font parler les médias

Si le Ramadan est d’une façon générale scrupuleusement respecté par la population marocaine, chaque année des associations de laïcs appellent à des regroupements pour défier la tradition. Ceux-ci ont donné lieu à des « déjeuners sur l’herbe » particulièrement médiatisés qui ne sont pas du goût de tous… Ils seraient par ailleurs près de 3 millions à quitter le Maroc pour « fuir » les contraintes du Ramadan… Et autant à revenir au Maroc pour vivre le Ramadan dans la dimension collective qui est celle du Maroc.

Voyager au Maroc pendant le Ramadan

Alimentation
Les grandes firmes internationales et quelques hôtels proposent des services de restauration.
Dans les grandes villes, des restaurants, généralement positionnés haut de gamme, servent à l’occasion du Ramadan. Ailleurs, vous pourrez toujours vous faire servir une omelette berbère au fond de la salle mais vous aurez moins de choix qu’en temps normal.
Évidemment, le must, est de se faire inviter pour le ftour
Attitude
Le Maroc étant très attaché à une dimension « collective » de la pratique du Ramadan, vous éviterez de manger, boire ou fumer en public.
Ambiance
Vous l’aurez compris : l’ambiance est très particulière durant Ramadan, ce qui modifiera certainement votre voyage, sans pour autant limiter la découverte.

© photo principale : Laurie Arnauné © photos article : Laurie Arnauné