Ceuta, un avant-goût d’Espagne

C’est une ville un peu à part au Royaume du Maroc et d’Espagne. Marocaine, elle l’est par sa géographie. Pourtant, à y séjourner, on comprend vite qu’on est bien ici en territoire espagnol. Entre deux mers, entre deux continents, entre deux mondes, celle que l’on appelle Sebta offre comme un avant-goût d’Espagne. Yallah, vamos ?

Une enclave espagnole au Maroc

On y parle espagnol, arabe, berbère et français. On y fête officiellement Noël et l’Aïd al Adha. On y côtoie des shorts, des djellabas, des tongs et des voiles… Ceuta est décidément une ville bien à part sur le territoire marocain. Lotie, sur une encoche d’à peine 18km2, l’enclave espagnole occupe une position exceptionnelle sur le détroit, face au rocher de Gibraltar. Pour rallier sa presqu’île depuis Tanger, il faut flirter avec le Jbel Moussa qui culmine à 851 mètres d’altitude. Partout où l’œil se pose, il s’accroche sur un sommet, une calanque ou une vue panoramique sur la grande bleue. Ci et là, des poignées de Subsahariens toisant l’horizon d’un regard teinté d’espoir ou de désillusion font leur apparition. On prend le chaos du monde en pleine face…

14 km séparent Ceuta de la province de Cadix, pourtant l’Europe est déjà là. En attestent la double clôture de barbelés qui court autour de la ville sur pas moins de 8 km. Ici, des migrants venus de toute l’Afrique s’essayent au passage des frontières, donnant parfois à voir le sordide spectacle de la tragédie humaine au 20 heures. Cette frontière, dressée comme un mur ou se heurtent les rêves de millions d’Africains  nous rappellent que « One world One Love » de Bob Marley, ce n’est pas pour demain. Miradors, caméras de surveillance et patrouilles de la Guardia Civil veillent sur ces fameuses barrières de séparation entre les nations. On ne peut traverser cette frontière, la seule démarcation terrestre (avec Melilla) séparant l’Europe et l’Afrique sans y penser

Pourquoi Ceuta est espagnole ?

Fondée par les Phéniciens, Ceuta fut tour à tour carthaginoise, romaine, vandale, byzantine puis arabe avant de tomber aux mains des portugais en 1415. Nous sommes alors en pleine ère de Reconquista d’Al Andalus par les rois catholiques et le port africain, au mouillage favorable, abrite des postes militaires destinés notamment à protéger les côtes andalouses. En 1580, l’Espagne annexe le Royaume du Portugal. Et ainsi Ceuta devint espagnole... Depuis 1995, ce bout d’Espagne échoué en terre marocaine revendique son statut de ville autonome dite ciudad autonoma de Ceuta en castillan. Pour combien de temps encore ? Nul ne le sait...

 

D’un côté de la frontière, des piétons chargés de sacs ethniques se mêlent aux pseudos marchands de formulaires de sortie du territoire marocain (ces formulaires obligatoires sont disponibles gratuitement, quelques mètres plus loin, au guichet). Lorsque l'on a la chance de tendre un passeport européen aux douaniers, l’Union européenne nous ouvre les bras comme par magie.

De ce côté de la frontière, nous retrouvons les mêmes piétons attelés à d’innombrables transactions aux abords des hangars qui alimentent le nord du Maroc de produits de contrebande. À leurs côtés, les travailleurs marocains qui entrent et sortent quotidiennement s’en vont rejoindre leur travail. Ils seraient 20 000 ou 30 000 à franchir chaque jour la frontière pour travailler, souvent au noir. Plus loin, les plages urbaines étalent leurs bandes de sables ourlés par les eaux translucides de la Méditerranée. Pêcheurs et autres amateurs de running et de farniente paradent joyeusement sur la corniche. L’Espagne est bien là !

 

Sur la corniche de Ceuta, face aux côtes espagnoles
Sur la corniche de Ceuta, face aux côtes espagnoles

Hola Ceuta !

Sans attendre nous nous dirigeons vers le centre-ville de Ceuta, cerné de part et d’autre par la Mer Méditerranée. Les bâtiments sans charme cèdent la place aux immeubles cossus et coquets de la Riviera. L’Espagne dans toute sa splendeur apparaît alors sur cette étroite bande de terre. L’Espagne des grands magasins, des boutiques de vêtements et de l’animation à outrance. On pourrait se croire à Cadix, l’autre ville presqu’île andalouse… Ou peut-être bien en Andorre à y regarder les prix de plus près. Car à l’instar de l’enclave andorrane pyrénéenne, Ceuta est un paradis de la détaxe. Cigarettes, alcools, matériel électronique, bijoux et vêtements : tout y est à prix réduit.

À la fiscalité attractive, le voyageur venu d’Europe préfère l’environnement exceptionnel dont jouit l’enclave ibérique. Pour quelques heures ou quelques jours, savourer ce morceau d’Andalousie, ses tapas et sa vie nocturne fait la joie des épicuriens. L’occasion de succomber à la tradition vivace du paseo qui emplit les rues de la ville d’une foule hétéroclite, joyeuse et volubile dès la nuit tombée.

 

Balade sur les Murailles Royales de Ceuta
Balade sur les murailles royales de Ceuta

À voir / À faire

Remonter l’histoire sur les murailles royales (murallas reales) : LA vraie bonne surprise pour les amoureux d’histoire. Peu ou pas signalées dans les guides, ces fortifications à la Vauban datent de l’ère médiévale. Bastions, canal navigable, pont-levis, font l’objet d’une agréable promenade avec la Méditerranée en filigrane…

Prendre de la hauteur au Monte Hacho : L’endroit parfait pour régler son Reflex numérique en mode panoramique. Perché à 181 mètres au-dessus de la mer, vous vous offrez un face à face avec les dégradés de bleu de la Méditerranée, la côte rifaine entrecoupée de calanques, le rocher de Gibraltar et celui du Jbel Moussa.

Savourer des poissons des deux mers : La rencontre de la Méditerranée et de l’Atlantique donnent aux poissons et aux fruits de mer de Ceuta à un petit gout de reviens-y.

Flâner autour de la place d’Afrique (plaza de Nuestra Señora de Africa) : Vous voilà dans le centre historique de Ceuta, dominé par la cathédrale, le Parador et l’église Notre Dame d’Afrique, érigé sur l’emplacement d’une ancienne mosquée. On y va pour faire le plein d’art baroque ou « barocain » (poke Gad El Malleh) et pour se sustenter dans les bars à tapas qui courent dans les ruelles jouxtant la place.

Passer en mode Sol y playa : Sable fin, criques ou galets. Eaux chaudes, limpides ou vagues. Plage urbaine, crique ou rochers… Autant d’occasions de piquer une tête quand la chaleur se fait sentir. Les amateurs de sports nautiques ne sont pas en reste : kayak, bateau de plaisance ou plongée sous-marine sont les activités de prédilection de l’enclave espagnole.

Faire un tour dans le Parc Maritime de la Méditerranée : Ce parc de loisirs est le QG des familles. Les raisons ? Piscines, lacs, cinémas et sculptures de César Manrique s’étendent sur 56 hectares face à la mer.

 

Eglise sur la Place d'Afrique de Ceuta
Église sur la Place d'Afrique de Ceuta
  • Infos pratiques

  • Y aller :
  • Depuis Tanger : 77 km (compter 1h35 de route). Depuis Tétouan : 40 km (compter 00h45 de route).
  • Horaires :
  • Ceuta vit à l’heure espagnole soit GMT + 1h /+2h en été.
  • Formalités :
  • Les ressortissants de la communauté européenne doivent être munis d’un passeport en cours de validité. Les véhicules de location doivent disposer d’une autorisation de sortie du territoire.
  • Bon à savoir :
  • Les postes de douane sont souvent saturés lors des grands départs (vacances scolaires) et des périodes de soldes.
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné