Chroniques d’un retour au bled

La saison estivale a sonné l’heure du retour au bled pour de nombreux concitoyens français. Parmi eux, plusieurs milliers de MRE (Marocains Résidents à l’étranger) ont profité de la trêve des vacances d’été pour rejoindre la terre de leurs aïeuls. Pour moi le parcours fut similaire… mais inversé. Après un séjour dans le cher pays de mon enfance, retour au bled, sur ma terre d’immigration, le Maroc, qui n’est jamais avare en anecdotes… La preuve avec ces chroniques de retour au bled !

Le Maroc : si près mais pourtant si loin...

Au port d'Algésiras, pas de surprise : une file dense et compacte de voitures attend l’heure du départ du bateau pour traverser le détroit de Gibraltar… Seul hic ? L’heure du départ est dépassée depuis belle lurette. 6 heures plus tard et moins 200 € en poche (le prix #scandaleux de la traversée Algésiras/Tanger en voiture), nous parvenons enfin à traverser les 15 petits km de détroit qui séparent l’Andalousie du Maroc… Salam Morocco !

Fini les conversations météo

… Et les soirées BBQ annulées pour cause d’averses intempestives. Au Maroc, le soleil a toujours le dernier mot et l’été joue les prolongations jusqu’à (allez, on y croit pour cette année) la fin du mois d’octobre !

Zut, plus d’électricité

Le prestataire nous explique que nous avons oublié de régler la facture (la faute à qui, la faute aux vacances pardi). Mais ma kain mouchkil comme on dit ici (traduction = pas de problèmes !), parce que le gardien ni une, ni deux, trouve une combine pour nous remettre l’électricité fissa (en attendant, que le prestataire s’occupe de votre dossier inchallah’).

Piétons : gare aux automobilistes !

On oublie les automobilistes qui décélèrent avant même que vous ne soyez engagé sur le passage clouté pour vous céder généreusement le passage… Ici, le « jeu » (en réalité augmentée bien réelle) consiste à éviter des voitures sur leurs lancées… Game On !

Automobiliste : gare aux piétons !

… Et aux mobylettes et aux ânes et aux groupes d'enfants qui vont à l'école et aux carrioles qui peuvent surgir n’importe où, n’importe quand… et très rarement sur les passages cloutés.

Hamdoulilah*, le pompiste est là !

Il n’est pas remplacé par une machine. Mieux, il parle et il manie le pistolet pendant que vous êtes tranquillement assis sur dans le siège de votre auto.

* littéralement : grâce à Dieu.

Du poulet ? Oui, mais vivant !

Les poulets en barquettes ? N’y pensez même pas. Ici, à moins d'aller au supercmaché, on choisit la marchandise aviaire… vivante ! Et le moul djaj (vendeur de poulet) est là pour ça (et pour la "mise en barquette"). « Alors pour vous ce sera le petit poussin qui piaille (« Quoi ? Jamais de la vie ? Il est troooop mignon ? ») ou le coq sportif du fond ? ». (« Le végatarisme, c'est sympa finalement »).

Des plats préparés ? Oui, mais à la maison !

On oublie Marie, Picard, Findus et la folie du Prêt-à-consommer « Qui ça ? Picard ?... Jamais entendu parler ! ». Et, on passe… derrière les fourneaux ! Au menu du jour ? Du frais, du bon, du « de saison » (malheureusement et comme partout ailleurs rarement bio). Si la variété peut manquer à certains « il est ou le rayon aux 365 fromages ? », ils seront récompensés par la satisfaction d’une cuisine 100% maison (ou presque).

Dieu, la patrie, le roi !

Les taxis customisés « Le meilleur roi du monde » nous rappellent vite la devise du pays… A ce moment précis on se prend à imaginer ce que ça pourrait donner dans notre douce France « Le meilleur président du monde » #EuhCommentDire...

C’est la rentrée ? Oui mais non !

Oui, la rentrée a bien eu lieu (officiellement) le 2 septembre 2016… Mais c’était sans compter sur les fêtes de l’Aïd Kbir autour du 12 septembre (+3/4 jours Off), sur le long week-end du 1er Moharam (jour de l’an 1438) et sur les élections législatives à venir (le 7 octobre 2016)… C’est ce qu’on appelle une rentrée en douceur… ou marocaine, c’est selon.

L’heure élastique

Vous avez rendez-vous à 13 heures à une heure de chez vous et vous partez de chez vous à 13 heures ? And so what ? Vous serez à l’heure puisque votre interlocuteur arrivera à la même heure que vous… Et ainsi personne ne sera vexé. Elle est pas belle la vie ?

Les couleurs

Au Maroc, les couleurs font des étincelles dans la rétine. Jaune, vert, bleu, rouge et rose se livrent sans fard ni détour aux amoureux de l'esthétisme.

Le Moroccan beach way of life

Du sable, de l’eau, un horizon azuréen… On pourrait se croire sur n’importe quelle plage du monde… Pourtant quelques signes vous indiquent que vous êtes bien au Maroc ? 1/ La plage est transformée en (multi)-terrain de foot XXL. 2/ Il n’est pas rare d’y croiser des dromadaires qui baladent les plagistes. 3/ Toutes sortes de tenues vestimentaires cohabitent (djellabas, bikinis, hijabs, maillots une pièce, combinaisons de surf et même (quoique très rare car coûteux) le fameux burkini ! Le tout avec quelques variations proportionnelles maillot/textile en fonction du type de plage (publique, privée, touristique ou populaire).

Fine mika ? (il est ou le sachet en plastique ?)

Certes, le mika, sachet en plastique (pas fantastique) passe-partout (et pousse partout), fait encore partie du paysage marocain… Mais son interdiction (sous peine de contravention) est dorénavant officielle (depuis le 1er juillet 2016) et on ne peut que se réjouir à l’idée que le Maroc fasse « sa part » (comme le petit colibri !). Rappelons cependant qu’ici (comme ailleurs), de nombreux efforts restent à mener en matière d’écologie…

Salamelecs : ça vient bien d’ici !

« Comment ça va ? » « Et les enfants » « Qu’Allah les protège » « Et la famille ? » « Hamdoulilah » « Et le p’tit dernier ? » « Que Dieu le garde » […] Complétez ces salutations en énumérant toutes les personnes de la famille/du voisinage/du réseau commun et toutes les formules de politesse du dialecte marocain. Rajoutez-y quelques accolades/bisous/hugs (surtout s’il s’agit de femmes entre elles) et vous obtiendrez : les salamalecs (qui peuvent constituer à eux seul d’interminables conversations…).

Aucun doute, me voilà bien revenue au Maroc ! L'été a beau être fini, c'est ici la meilleure période pour profiter de la plage. Ne m'en voulez donc pas si j'y file !

La plage de Oued Cherrat, quelque part entre Rabat et Mohammedia
La plage de Oued Cherrat, quelque part entre Rabat et Mohammedia
 © photos : Laurie Arnauné