Échappée à Moulay Idriss

C’est un petit village d’une grande importance historique et spirituelle. Moulay Idriss, sise au creux de deux éperons rocheux qui se font face abrite le tombeau du père fondateur de la première dynastie musulmane du Maroc. Une étape indispensable pour les amateurs de culture et de villages authentiques.

Shkoun Moulay Idriss ? (qui est Moulay Idriss ?)

Fin du VIIe siècle. Un jeune prince arabe conteste le califat abbasside de Bagdad. Menacé de mort, il s’enfuit le plus loin possible de la Mecque et trouve refuge, après un long voyage, dans les montagnes du Moyen-Atlas marocain. Ce jeune prince n’est autre que l’arrière-petit-fils du prophète Mahomet himself. Idriss, de son prénom est accueilli par la tribu Berbère des Awarbas établie dans la région de Oualili, qui correspond à l’actuelle Volubilis de fondation romaine. Le prince arabe devient rapidement Idriss Ier, roi de la contrée et fondateur de la dynastie des Idrissides (788-948) qui correspond, excusez du peu, à la première dynastie musulmane du Maroc. Mais, après 3 années de règne, un agent du calife de Bagdad retrouve Idriss Ier et l’assassine à l’aide d’une fiole de musc empoisonnée…
Evènement qui n’empêchera pas au nouveau pouvoir Idrisside d’éclore. Quelques mois plus tard, Kenza, une jeune princesse berbère qui n’est autre que la femme d’Idriss Ier, enfante du futur souverain Idriss II.
Aujourd’hui, la tradition veut que tout nouveau roi du Maroc, après son arrivée sur le trône se rende à Moulay Idriss où repose celui qui a donné son nom au village de Zerhoun. On dit du saint homme qu’il réussit à convertir à l’Islam les Berbères de la région, participant par là-même à l’unification des différentes tribus et cultures du royaume. On dit aussi qu’il contribua, via sa lutte contre les extrémismes religieux à l’instauration au Maroc d’un islam, dit de rite malékite. Symbole de l’âme d’un Maroc pacifié, libre et indépendant, Moulay Idriss est considéré au Maroc comme le père de la Nation, rebaptisé Moulay Idriss el Akbar (le grand). Pour ne rien gâcher à sa dimension culturelle, la ville est lovée dans un spectaculaire coin de nature qui rajoute un peu plus à la magie du lieu. On y va ?

A l'entrée du Mausolée de Moulay Idriss
A l'entrée du Mausolée de Moulay Idriss

Prendre de la hauteur

Que faire à Moulay Idriss ? Pour l’infidèle, pas grand-chose à vrai dire… Comme souvent au Maroc, les lieux religieux sont interdits aux non-musulmans. On approche alors inévitablement de la grande place qui délimite l’entrée du Mausolée au côté des pèlerins et des ânes chargés de marchandises en tout genre. On jette un œil sur l’entrée du vaste ensemble religieux édifié au XVIIIe siècle par Moulay Ismail. Au fond de l’esplanade repose le saint le plus vénéré du pays. On voit des Marocains se presser dans le sanctuaire. D’autres nous saluent poliment du coin du regard. Une poutre élevée à 1,50 mètre du sol délimite le lieu sacré. Nous nous contentons de regarder de loin et d’imaginer à quoi peut bien ressembler ce « saint des saints ».
Gentiment refoulés, on finit par s’engouffrer dans les ruelles enchevêtrées qui grimpent de la gauche du Mausolée vers les hauteurs du village. Ici des enfants improvisent des parties de football. Plus loin, des escaliers tarabiscotés nous appellent vers d’innombrables détours en culs-de-sac. On est subjugués par l’ambiance authentique et confidentielle du village. Les plus chanceux profitent de l’atmosphère sereine de toute ville sainte qui se respecte. Les autres doivent s’armer de patience pour, peut-être, avoir à semer un pseudo-guide un peu trop envahissant. Passages biscornus et escaliers tarabiscotés mènent ensuite nos pas vers une première terrasse panoramique. La vue sur les toits coiffés de tuiles vertes indique le lieu saint, destination d’un pèlerinage meilleur marché que La Mecque. Pour nous, le pèlerinage consiste à aller toujours plus haut vers une deuxième terrasse panoramique. Sous nos yeux, la plaine fertile couverte d’oliviers et d’orangers courre vers l’ancienne cité romaine de Volubilis. La vue extraordinaire déteint sur l’instant, non sans nous inonder d’un sentiment de béatitude enivrant… On comprend ici pourquoi l’homme saint aimait à méditer sur cette colline du Zerhoun.

Moulay Idriss au loin dans la montagne vu depuis le site antique de Volubilis
Moulay Idriss au loin dans la montagne vu depuis le site antique de Volubilis

Le premier qui voit un minaret cylindrique a gagné !

Puis, étourdis de beauté, nous continuons la promenade labyrinthique en levant les yeux à la recherche d’une curiosité unique au Maroc… Avec sa forme cylindrique ornée de faïences vertes auréolés de versets calligraphiques, le minaret de la médersa de Moulay Idriss est unique dans tout le Royaume. Les deux dates figurant sur le sommet du minaret indiquent l’année de sa construction selon les deux systèmes de comptabilisation : 1358 chez les musulmans et 1938 chez les chrétiens.
On redescend d’un pas nonchalant vers la place principale du village, sise entre deux collines, où les marchands de cierges et de chapelets attendent les pèlerins. L’ambiance est détendue, le temps suspendu… On se dit qu’on y reviendrait bien à Moulay Idriss à l’occasion du grand moussem. Chaque année, à la fin du mois d’août, une foule assoiffée de baraka converge vers Moulay Idriss pour s’incliner sur la tombe du saint homme. Le bourg, empli de cortèges pittoresques voit fleurir en tous lieux des camps de tentes éphémères, des fantasias et des grands rassemblements populaires. Des repas sont distribués aux plus pauvres, des chants, des danses et des processions animées par les confréries Hamadcha ou Aissaouas s’organisent un peu partout et ainsi va le moussem de Moulay Idriss depuis le XVe siècle…

 Persona non grata

Jusqu’en 1917, Moulay Idriss était interdite aux non-musulmans. En 1917, la ville ouvrit partiellement ses portes aux infidèles, soit jusqu’au coucher du soleil. C’est l’actuel roi Mohamed VI qui leva cet interdit en 2005. Depuis, une poignée de maisons d’hôtes permet aux voyageurs de vivre une immersion by night dans le village saint de Moulay Idriss. 

 photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné 
  • j’ai visité ton blog je le trouve intéressant et les images sont si magnifique