Les Gorges du Ziz

Aujourd’hui un édito sous forme de carnet de voyage pour vous parler des gorges du Ziz. Loties entre le sud d’Er-Rachidia et Erfoud, les gorges du Ziz marquent la transition entre les montagnes de l’Atlas et les étendues désertiques du Grand Sud Marocain. Souvenirs d’un travelling riche en contrastes et en émotions…

Vers les gorges du Ziz

Route désertique, amis survoltés, vitres grandes ouvertes (malgré le froid) et musique à plein volume : le voyage d’Azrou aux gorges du Ziz prend comme des airs de road-trip à l’américaine ! Les paysages défilent, évoluant inlassablement au fil des kilomètres. On se sent libre comme l’air… Et en parlant d’air, il se respire à plein poumons.

La voiture soudain va vite, trop vite, devient encombrante. Le besoin de ralentir la course qui nous fait avaler les kilomètres est là. Il faut s’arrêter, sentir ses pieds fouler la Terre, ouvrir les bras en grand, courir, crier, se défouler, vivre… A croire que ces paysages de bout du monde nous donnent des ailes !

Le parcours est semé de détails qui nous invitent à nous arrêter, à paresser, à aller à la rencontre de l’autre, à immortaliser l’instant et à méditer sur la beauté du monde ! Ici un lac semi-enneigé, là-bas une rivière aux eaux cristallines, plus loin un berger qui promène son troupeau, puis les sommets du Haut-Atlas oriental coiffés de neige

Place enfin à la plénitude du désert de caillasse qui annonce doucement la transition vers le Grand Sud. Plus on s’approche de l’horizon méridional, plus les températures remontent augurant d’un voyage sous le signe du soleil.

Mais la route n’a pas encore dit son dernier mot… Encore quelques zig-zag sur le col de la Chamelle perché à 1907 mètres d’altitude et nous voilà arrivés à Rich. La route se resserre alors pour s’engouffrer dans les gorges du Ziz…

Les gorges du Ziz… Nous y voilà !

C’est engourdis par les kilomètres, que nous arrivons dans la vallée du Ziz… L’arrivée à la nuit tombée ne nous en dit pas beaucoup sur l’endroit où nous sommes. Le vent, la voûte gorgée d’étoiles, l’air sec et minéral et la musique du silence nous laissent imaginer les paysages.

L'Oued Ziz : de la montagne au désert

C’est dans le Haut-Atlas Oriental que l’oued Ziz prend sa source avant de s’écouler paisiblement à travers l’immense palmeraie de Tafilalet. S’il ne coule qu’en période de crue, ses eaux sous-terraines n’oublient pas de fertiliser les oasis de la palmeraie qui compterait pas moins de 700 000 palmiers dattiers. Les villes riveraines du fleuve sont Er-Rachidia, Erfoud et Rissani, l’ancienne Sijilmassa. C’est dans le Sahara algérien, aux environs de Taouz que l’Oued Ziz finit sa course au terme d’un voyage de 280 km. Ici il disparaît… sans laisser de traces… 

Notre hôte, en authentique zizi (précision importante : les zizis sont les habitants de la vallée du Ziz) prend vite le relais et nous éclaire de ses lumières. Il ne quitterait pour rien au monde sa région. Il a le temps, il est heureux et il le prouve en partageant ces instants avec nous !

Après le dîner, notre hôte organise un feu de camp et les conversations fusent au rythme des verres de thé à la menthe qui désemplissent. Très vite la conversation se focalise sur un ami en provenance de Fès qui doit nous rejoindre dans la nuit après un long voyage en bus. Nous envisageons de lui suggérer de prendre un taxi de Rich pour lui faciliter la tâche.

"Ma yimkench" (Impossible), rétorque notre hôte. "Appelle ton ami et passe le moi !" 
Je m’exécute et je lui passe le téléphone… Quelques minutes plus tard, voilà notre hôte en pleine conversation avec le chauffeur du bus dans lequel se trouve notre ami. Un intermède de négociations plus tard, le verdict tombe :
"Le chauffeur du bus déposera ton ami sur le bord de la route. Mon neveu l’attendra pour le conduire jusqu’à sa chambre. Vous voulez encore du thé ?"
Sourire de morue déconfite (!).
"Wouaw, vous êtes incroyable ! Mais, attendez, votre neveu ne peut pas attendre notre ami en pleine nuit… Il doit dormir, la nuit est fraîche et on ne sait pas à quelle heure le bus va passer par là, sans doute pas avant 3 heures ou 4 heures du matin… Notre ami peut marcher jusqu'à la maison. Ce n’est pas si loin !" 
A ce moment notre hôte arbore un grand sourire :
"Ne qu’inquiète pas pour ton ami, vous êtes les bienvenus chez moi !"
Le neveu confirme, arborant le même sourire, la main sur le cœur…

Lhospitalité marocaine ? En plein dans le mile !

Réveil dans les gorges du Ziz

C’est le matin… Vite, vite on ouvre grand les fenêtres (et les yeux !) sur le décor qui nous entoure. Et la stupéfaction ! Nous sommes cernés de parois hautes et verticales qui se dressent de part et d’autre de l’oued.

Tout en bas coule une rivière. C’est l’Oued Ziz qui se faufile timidement au pied des montagnes dont les plissements dateraient de l’époque jurassique.

Un village lové dans la vallée du Ziz
Un village lové dans la vallée du Ziz

Il ne nous en faut pas plus pour décider d’aller traîner nos gambettes au fil de l’oued. Du Tunnel Foum Zaabel, dit tunnel du légionnaire, au lac de retenue Hassan Addhakil, le ruban de l’oued serpente à l’abri des parois abruptes du canyon qui n’en finit pas de dessiner des courbes et des contre-courbes.

Partout où passe l’oued, les paysages arides et minéraux se parent d’oasis fertiles plantées de palmiers et de cultures maraîchères. Les plissements des montagnes, la végétation des oasis, les vielles kasbahs et le bleu du ciel jouent de tous les contrastes… À croire que Photoshop a été inventé ici !

La route, elle, fait profil bas. Son tracé, accidenté, se fraye un passage en corniche au-dessus du lit de l’oued. Dès qu’on quitte le ruban de l’oued, la végétation disparaît, cédant la place à un paysage âpre, digne de l’Ouest américain.

De retour en voiture, la Playlist fait tourner en boucle les percussions endiablées de Nass El Ghiwane. Le paysage lunaire par endroit, évoque davantage un Rock Psychédélique des années 70’…

C’est alors que les eaux du lac Hassan Addakhil jettent une note de bleu turquoise dans ce décor aux airs de bout du monde.

Le désert n’est plus très loin...

L'Oued Ziz
L'Oued Ziz
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné