La citerne portugaise d’El jadida

Bien planquée au centre de la vielle-ville d’El Jadida, la citerne portugaise est un joyau du patrimoine marocain… et mondial ! Détour à travers les colonnes mystérieuses de cette ancienne réserve d’eau baignée dans de somptueux jeux d’ombres et de lumières.

La citerne portugaise à travers l’histoire

Construite au début XVIe siècle, la citerne portugaise d’El Jadida servit probablement de salles d’armes avant d’être utilisée comme réserve d’eau de pluie pour approvisionner la vielle-ville assoiffée par un long siège. Son histoire rappelle la convoitise endurée par celle qui porta un temps le nom de Mazagan (Mazagão en portugais). Portugais et Marocains se disputèrent sa rade qui constituait le mouillage le plus sûr de toute la côte Atlantique.

La citerne portugaise était intégrée à la forteresse lusitanienne... Un système de rigoles aménagé sur le toit permettait de recueillir les eaux de pluie qui montaient jusqu’à la limite rouge visible de nos jours sur les murs. Après le départ des Portugais, le lieu fut, dit-on, laissé à l’abandon avant d'être littéralement oublié… Jusqu’à ce que l’épicier mitoyen, le sieur Ben Attar eut la bonne de faire des travaux dans son échoppe. Il s’attaqua au mur du fond de son épicerie et que découvrit-il ? Une vaste salle souterraine endormie depuis plusieurs siècles. C’était la citerne portugaise… et c’était en 1916.

Une atmosphère nimbée de mystères

On s’engouffre dans les entrailles de la citerne portugaise par la rue principale de la vielle-ville d’El Jadida. L’endroit, sombre et humide est mis en lumière par un large oculus circulaire qui permettait de puiser l’eau du bassin. 25 colonnes massives soutiennent la salle de pierre voûtée qui occupe une superficie de près de 1000 m². Ogives, arcs, nefs, nervures et piliers massifs rappellent les codes de l’architecture gothique.

En l’espace de quelques secondes, on est catapulté dans des temps moyenâgeux… Le bruit des gouttes, l’aveuglante absence de lumière, l’insonorisation parfaite et les reflets des traits de lumières sur l’eau composent un lieu pour le moins énigmatique… Une atmosphère nimbée de mystères qui n’a pas échappé à l’œil de d’Orson Welles. Certaines séquences du film Othello, tourné en grande partie à Essaouira en 1949, ont pris pour décor la citerne portugaise d'El Jadida. On dit d’ailleurs que le réalisateur américain aurait eu l’idée de transformer la citerne en hammam pour contourner un problème de costumes.

Les photographes et autres « épingleurs » d’images instantanées ne manqueront pas de capter les pluies obliques de lumières déversées à travers le puit circulaire au centre du plafond. Ces réflexions sur les eaux du bassin rajoutent à la sensation d’étrangeté qui émane du lieu… À savourer de préférence à la mi-journée (entre 11h et 12h) pour profiter pleinement des jeux de clair obscurs.

 

  • Infos pratiques

  • Rue Khamed al Ahchemi Bahbah (l'axe principal de la médina).
  • Entrée adulte : 10 dirhams.
  • Ouvert tous les jours  de 9h à 13h et de 15h à 18h.
© photo principale : Laurie Arnauné