La Kasbah de Boulaouane

Si son nom Boulaouane sonne familier, c’est que c’est ici, dans les terres du pays Doukkala loties dans l’arrière-pays d’El Jadida, que les cépages du vin gris marocain s’épanouissent... Mais le vignoble ne saurait éclipser la découverte de la Kasbah éponyme qui dresse ses fières murailles au-dessus des méandres de l’Oued Oum Er-Rbia. Peu de voyageurs s’aventurent jusqu’ici, et pourtant…

Perchée telle une sentinelle de pierre…

Certains prétendent qu’il ne s’agit que d’un tas de vielles pierres. Il est vain de les contredire… D’autres s’émerveillent de l’histoire de la cité voulue par Moulay Ismaïl. Les épicuriens, eux, se délectent simplement d’une échappée bucolique aux confins de l’arrière-pays des Doukkala. La Kasbah de Boulaouane, perchée telle une sentinelle de pierre sur un éperon rocheux, domine une vaste plaine agricole. Je me dis en arrivant ici que Moulay Ismaïl avait décidément bien choisi l’emplacement de sa Kasbah…

Du haut de la kasbah de Boulaouane
Du haut de la kasbah de Boulaouane

Bien-sûr, il faut de l’imagination pour tenter de faire revivre la cité inexpugnable de Moulay Ismaïl. Si les murailles crénelées et le minaret de la mosquée résistent encore aux vicissitudes du temps et de l’indifférence, il ne reste que peu de choses de la demeure royale et des entrepôts historiques. On imagine difficilement qu’en son temps, la forteresse grouillait de soldats et de gardes prêts à mater les brigands, les hors-la-loi et autres tribus dissidentes. Et pour cause, la Kasbah de Boulaouane fait partie du funeste club des sites historiques marocains en péril et ce, malgré son classement aux monuments historiques par dahir du 11 Mars 1924… Mosaïques pillées, gravures saccagées, histoire oubliée… Le constat est sans appel… Et cet article lancé comme un cri, un SOS dans les méandres virtuels du web (sait-on jamais qu’un élu un tant soit peu sensible aux questions de patrimoine me lise…).

Au-delà de l’intérêt historique du site…

Porte fortifiée de la kasbah de Boulaouane
Porte fortifiée de la kasbah de Boulaouane

Si la Kasbah est à l’agonie, cela n’empêche pas la magie du site d’opérer. Il faut franchir la porte monumentale et s’aventurer sur les remparts surmontés de bastions pour tenter de reconstruire le Puzzle architectural et historique de la citadelle… Mais gare au vertige (et aux escaliers délabrés !). À vous ensuite d’identifier ce qui fut jadis la maison du sultan, la cour intérieure, le hammam, la mosquée et la koubba.

Au-delà de l’intérêt historique du site, la Kasbah de Boulaouane offre l’occasion rare d’un tête-à-tête avec un type de construction d’ordinaire réservé au sud. Et puis il y a bien-sûr la vue imprenable sur l’Oued Oum-Er-Rbia qui serpente à travers les paysages ondulés des Doukkala ou le terroir s’exprime à foison. Les légendes épiques des soldats de l’armée de Moulay Ismaïl ont laissé place à la douceur de la vie campagnarde qu’illustrent les villageois qui vont et viennent dans la Kasbah pour rallier les champs et le douar loti en contrebas.

Lorsque les derniers rayons de soleil embrasent la vallée de l’oued Oum Er Rbia, on assiste, béats, aux noces du vent et de la lumière si particulière du Maroc. Le silence monacal, à peine trahi par la présence d’une poignée de moutons inonde l’instant d’une profonde plénitude.

Passantes dans la Kasbah de Boulaouane
Passantes dans la Kasbah de Boulaouane

De Moulay Ismaïl à Saint-Exupéry

Sur le fronton de la porte monumentale, on peut lire (traduction aidant) une inscription en parfait état de conservation « Kasbah édifiée sous le règne du victorieux, puissant, conquérant avéré, notre seigneur Ismaïl, le champion de la guerre sainte pour la cause du Maître du monde, que Dieu lui donne son aide et la victoire, et sous la surveillance de son serviteur, assisté de Dieu, Abou Othman Ilyas Saïd  Ben El Khayat, que Dieu l'assiste, à la date de l'hégire 1122 » (correspondant à l'année 1710 du calendrier Grégorien).

Pour tenter de déchiffrer cette traduction, un rewind historique s’impose… Nous sommes au XVIIIe siècle. Après la chute des Sâadiens, une nouvelle page de l’histoire du Maroc s’ouvre avec la dynastie Alaouite dont Moulay Ismaïl, le légendaire sultan Marocain est le deuxième souverain. Si le commerce connaît un essor sans précédent, la zone commerciale, elle, n’est que partiellement pacifiée. Pour contrôler le territoire, Moulay Ismaïl ne tarde pas à faire bâtir une série de Kasbahs (76 dit-on !), le long de la façade Atlantique. La Kasbah de Boulaouane, avec sa belle position géo-stratégique est une de celle-là. Elle serait d’ailleurs, dit-on, la mieux conservée. Ce qui laisse imaginer l’Etat de ses consœurs…

Passages dans la kasbah de Boulaouane
Passages dans la kasbah de Boulaouane

Mais revenons aux Doukkalas. À la croisée de Marrakech, de Fès et de Rabat, le site de garnison permettait donc de contrôler les voix commerciales et navigables. Il faisait aussi office de lieu d’entrepôt… Un caravane-sérail impérial en quelque sorte !

Plus anecdotique est l’histoire d’une des figures emblématiques liée à la Kasbah de Boulaouane. Si je vous dis « pilote de l’Aéropostale » « Le Petit Prince » ?… Roulement de tambour… BINGO : Antoine de Saint-Exupéry ! L’aviateur aurait suivi la route de la Kasbah de Boulaouane en 1927 pour rencontrer le Caïd Ahmed Tounsi qui régnait alors sur les lieux. Ce voyage lui aurait inspiré « Citadelle », œuvre posthume et inachevée de l’auteur du Petit Prince. Rien que ça !

Y aller
Depuis El Jadida : 75 km
Depuis Casablanca : 125 km
La kasbah de Boulaouane fait l’objet d’une belle échappée lors d’un séjour à El Jadida.

 © photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné