La médersa de Salé

En flânant dans la médina de Salé, impossible de manquer la porte de la medersa Abou el Hassan, dressée sur un perron à deux pas de la grande mosquée de Salé. Le monument, identifiable à son auvent en cèdre sculpté, abrite un joyau d’architecture Mérinide datant du XIVe siècle. Poussons la porte de cette université à la mode islamique et téléportons nous dans l’histoire médiévale du Maroc. Attention : rewind historique !

La medersa de Salé : joyau des Mérinides

La medersa de Salé doit sa construction au sultan Mérinide Abu el Hassan qui a signé quelques-unes des plus belles écoles coraniques du Maroc au rang desquelles la lumineuse médersa Ben Youssef de Marrakech, remaniée en son temps pas les Sâadiens. Communément appelée medersa Attalâa, la medersa de Salé prend ses quartiers dans l'éponyme Hay Tâlaa, loti à deux pas du Borj faisant face à la mer.

Achevée en 1341, la medersa de Salé devint un lieu de savoir et d’apprentissage prisé des étudiants. On y enseignait le Coran, la littérature, la médecine, l’astronomie, les mathématiques, le soufisme, la philosophie et le fiqh (jurisprudence islamique). Les places, limitées, donnaient lieu à un processus d’inscription éminemment sélectif. Les étudiants admis passaient parfois 10 ans de leur vie à étudier ici. Outre l’enseignement et le savoir, on leur offrait le gîte et le couvert. À l’issue de leurs années d’études, ils étaient à même de participer au rayonnement spirituel, culturel et civilisationnel des Mérinides dans leurs régions d’origines.

Délaissée pendant plusieurs siècles, la medersa de Salé fut réduite un temps à l’état de fondouk avant d’être réhabilitée à plusieurs reprises avant, pendant et après le protectorat. La dernière restauration, qui date de 2005 a été réalisée dans le respect de l’esthétique originelle de l'édifice.

La porte de la medersa de Salé dressée sur un perron à deux pas des escaliers menant à la Grande Mosquée de Salé
On pousse la porte de la medersa de Salé et là : surprise !

Visite en mots et en images

La lourde porte en bois de la medersa de Salé s’ouvre sur un patio rectangulaire à ciel ouvert. À peine le seuil de la porte franchi que l’œil est immédiatement saisi par une profusion de détails ornementaux que l’on ne soupçonne pas de l’extérieur de l’édifice. Zelliges, bois sculptés, écritures coufiques et plâtres ciselés courent du sol au plafond, s’accrochant aux moindres centimètres carré de surface.

La petite fontaine aux ablutions, lotie au centre de la cour renvoie le clapotis de l’eau en écho, nous inondant au passage d’un sentiment de profonde sérénité. Loin de la rumeur et de l’agitation de la ville, le lieu, silencieux, paraît communier avec le ciel vers lequel il se tourne comme pour mieux exprimer sa fonction à l’aide d’une subtile (et très réussie !) métaphore architecturale…

On imagine bien l’ambiance de réflexion et de méditation qui régnait dans cette pièce ou étaient dispensés les cours magistraux et la prière. Quoi de plus exaltant que ce décor sculpté à la perfection pour étudier et se rapprocher subrepticement de la sagesse de la création ?

Le patio de la medersa de Salé et sa fontaine aux ablutions
Vue plongeante sur la medersa de Salé

Le patio s’ouvre sur une salle rectangulaire qui abrite Mirhab creusé dans le mur finement décoré. De l’autre côté de la pièce, des escaliers tarabiscotés mènent aux deux étages qui abritaient les cellules des étudiants.

« C’est petit ! » est le premier mot qui sort de la bouche lorsqu’on découvre les chambres égrainées le long des couloirs étroits. Plus de fioritures ornementales et de sculptures géométriques alambiquées ici… Place au minimalisme apparent du décor qui témoigne d’une vie étudiante que l’on imagine ascétique et monacale, aux antipodes des soirées estudiantines du jeudi soir....

La petite taille des chambres rappelle aussi que la medersa de Salé est l’une des plus petites medersas visibles sur le sol marocain. 180 mètres carrés à peine suffisent à témoigner de la grandeur et du raffinement de l’architecture et de l’esthétique hispano-mauresque.

Couloir menant aux chambres d'étudiants de la medersa de Salé
Ballustrade menant dans les chambres des étudiants de la medersa de Salé

La terrasse, accessible depuis le niveau supérieur des étages étanche enfin les soifs de grand air (si toutefois le gardien est d’humeur à vous en ouvrir l’accès). La vue panoramique s’ouvre ici sur les toits de Salé constellés de paraboles et de linge séchant au vent. Plus loin, on aperçoit les pierres tombales du cimetière et la Kasbah des Oudayas profilée à l’arrière-plan. Une belle transition avant de poursuivre la découverte de la ville Salé, lotie en face de sa rivale et jumelle Rabat.

 

  • Infos pratiques

  • Tarif adulte : 10 Dhs.
  • Ouvert tous les jours de 09h à 12h et de 14h à 18h
  • Fermé le 1er mai et lors des fêtes religieuses
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné