La traversée du détroit de Gibraltar

Du thé à la menthe à l'apéro en terrasse il n'y a qu'un pas... d'Hercule au-dessus de la Méditerranée ! Preuve à l’appui dans cet article qui vous emmène sur le fameux détroit de Gibraltar qui relie la Mer Méditerranée à l’Océan Atlantique, là où les continents européens et africains se font face. Retour en mots et en images sur ma première traversée du détroit de Gibraltar qui sonnait comme la réalisation d’un vieux rêve…

Une lubie #Slow Travel

Les destinations lointaines ont longtemps eues mes faveurs. J'ai rêvé d'Inde, de Pérou,  d’Egypte, de Syrie (c'était avant les bombes...), de Jordanie, de Thaïlande, d'USA ; j'ai voyagé,  j'ai vu et j'ai vécu... souvent vite, trop vite…

À chaque nouveau voyage, l'avion me téléportait d’un point A à un point B avec la rapidité d’un éclair. Et voilà qu’en échange de quelques centaines d'Euros et de quelques heures d’avion (et souvent d'escales) je me réveillais à l’autre bout du monde ! Ibn Batouta s'en retournerait dans sa tombe...

Loin de moi l’idée de vous sermonner à coup de « l’avion ça pollue et ça émet des gaz à effet de serre»L’avion m’a permis de graver quelques-uns de mes plus beaux souvenirs de voyage. Et en ce sens, je ne peux que témoigner de toute ma gratitude aux compagnies aériennes sans qui mes aventures lointaines n’auraient jamais vu le jour (on ne parlera bien sûr pas ici des bagages égarés, des retards et des grèves…).

Avec le temps, une nouvelle conscience a éc(o)los en moi

En 2009, lorsque j'ai débarqué au Maroc pour m'y installer, j'étais loin de m'imaginer la distance qui allait me séparer de ces voyages longs courriers que j'affectionnais tant… Mais voilà avec le temps, une nouvelle conscience a éc(o)los en moi.

Je vois à cela 2 raisons : 1/ J'ai eu des enfants (Quelle drôle d'idée me direz-vous…). 2/ Mon nouveau pays d’accueil, le Maroc, et ma vie dans celui-ci, nourrissait déjà bien ma soif de découvertes : Allah sait si les possibilités de voyages sont variées par ici (et même de chez soi)…

Et c’est ainsi que mes rêves d’Indonésie se sont peu à peu éloignés pour laisser place à une lubie #SlowLife et #SlowTravel… Parce-que, oui Bali ça doit être formidable… mais voilà je ne me sentais pas prête à avaler 12366 kilomètres pour y passer trois petites semaines. J’aurais eu l’impression de tricher ou de passer à côté de quelque-chose en abolissant la notion d’espace et de temps. À ce moment-là, j’avais envie d’autre chose…

Alors j’ai regardé dans mon environnement immédiat et qu’est-ce que j’ai vu ? Le détroit de Gibraltar !!! Alors vous me direz ce n’est pas Bali : moins glamour, moins exotique. Et vous avez sans doute raison… Mais pourtant c’était là que je voulais aller.

Le détroit de Gibraltar (et les côtes espagnoles au loin) vu de la route vers le Jbel Moussa côté marocain.
Le détroit de Gibraltar (et les côtes espagnoles au loin) vu de la route vers le Jbel Moussa côté marocain.

Ce rêve de détroit me hantait depuis longtemps

À vrai dire, ce rêve de détroit de Gibraltar me hantait depuis longtemps… À l’heure où de nombreux jeunes rêvent d'Europe sur le balcon panoramique de baie de Tanger, je rêvais de faire le voyage en sens inverse. Un rêve égoïste quand on songe aux milliers de migrants qui se heurtent quotidiennement aux frontières de l’Europe. Combien de destins, de rêves et de vie se sont brisés en cet endroit précis du globe ? Non le détroit de Gibraltar, n’est certainement pas le premier endroit auquel on pense lorsque le besoin d’entreprendre un voyage se fait sentir… Et pourtant, il est, à y regarder de plus près l’unique trait d’union naturel entre l’Europe et l’Afrique.

Quel meilleur moyen que la traversée du détroit de Gibraltar pour remonter l’histoire de l’Andalousie et du Maroc, ces deux terres unies par une culture arabo-andalouse ancestrale ? Ma propre histoire se mêlait à ce vieux rêve devenu lubie, peut-être même en était-elle le commanditaire… Remonter de ces terres andalouses ou vivaient mes ancêtres à ces terres marocaines ou sont nés mes enfants et quelques-uns de mes aïeuls disparus : tout un symbole !

À ce détail près que le voyage se ferait à l’envers… Il me mènerait du continent africain ou je résidais désormais au continent européen. L’occasion rêvée de me perdre dans les écrins de vie et de lumière dont regorge l’Andalousie

Prendre la mer

Je n’oublierais jamais ma première traversée du détroit de Gibraltar. L’été tirait sa révérence pour laisser place aux timides prémices de l’automne. Nous avions rejoint le port de Tanger aux premières lueurs du jour… Passé les formalités de douane et d’embarquement (qui peuvent prendre plusieurs heures lorsqu’on voyage en voiture…), nous avions pris place à bord de notre confortable rafiot qui ne tarda pas à mettre le cap au nord…

À ce moment-là, des vents et des courants multidirectionnels ont commencé à se faire sentir. Les côtes marocaines s’effaçaient peu à peu dans le sillage du ferry pour laisser place à un brouillard humide bientôt entremêlé d’écumes puis de vagues qui jaillissaient de part et d’autre de la passerelle, non sans balloter les cœurs… et les estomacs. Mon bébé qui avait tout juste 6 mois régurgitait déjà son biberon. En tournant la tête, je constatais effrayée qu’il n’était pas le seul…

Jouant à saute-mouton entre les creux des vagues déchaînées, notre ferry naviguait dans une ambiance surréaliste. Nous n’avions à ce moment qu’une seule hâte : accoster saint et sauf sur le port du Tarifa. Impatients d’arriver, nous cherchions vainement une esquisse de côte espagnole à travers les hublots panoramiques du bateau.

Lorsque les crêtes andalouses on fait leur apparition on comprenait pourquoi elles étaient plantées d’éoliennes. Autant vous dire que ces dernières, à ce moment précis avaient largement de quoi alimenter toute la péninsule ibérique en électricité… Arrivée secouée (à bon port mais secouée), j’ai dit à mon mari « plus jamais ça ! ».

De l'autre côté du détroit de Gibraltar, Tarifa est LE hotspot des amateurs de kite surf et de sports de glisse
De l'autre côté du détroit de Gibraltar, Tarifa est LE hotspot des amateurs de kite surf et de sports de glisse... vous comprenez pourquoi maintenant ?

La meilleure façon de combiner l’Andalousie et le Maroc

Depuis, j’ai traversé le détroit de Gibraltar des dizaines de fois et toujours (hamdoulila) dans des conditions météo plus favorables… Si je prends le bateau tous les étés pour rejoindre mon pays basque natal, c’est à l’arrière-saison que j’apprécie le plus la liaison entre Tanger et l’Andalousie. Se poser à Tarifa ou à Vejer de la Frontera (mes deux coups de cœur andalous) le temps d’un long week-end ou pousser jusqu’à Séville, Ronda, Grenade ou Cordoue renouvèlent toujours le plaisir de la traversée du détroit de Gibraltar.

La traversée du détroit en bateau est, pour le voyageur qui a du temps, une formidable occasion de combiner la découverte de l’Andalousie et le Maroc. Que fait-on à bord ? Strictement rien si ce n'est toiser l'horizon (et les gros porte-conteneurs) du regard, respirer l’air du large et se balader sur les différents ponts du bateau dans le collimateur de la brise vivifiante.

On s’étonne toujours de la proximité des côtes marocaines et espagnoles : 14 km à peine séparent les deux continents au niveau le plus étroit du détroit. Et puis un gros rocher surgit dans la rétine « Voilà l’Espagne »… « Non ça c’est le rocher de Gibraltar ! » ne manquera pas de vous rappeler votre voisin… Et oui, la montagne de Tarik (jbel Tarik en arabe) qui a donné son nom au rocher de Gibraltar et au détroit éponyme est une possession du Royaume-Uni depuis le début du XVIIIe siècle.

Vue sur le rocher de Gibraltar depuis le ferry en pleine traversée sur le détroit
Vue sur le rocher de Gibraltar depuis le ferry en pleine traversée sur le détroit
  • Infos pratiques

  • Parcours de traversées possibles :
  • Algésiras / Port Tanger-Med*
  • Port Tanger-Med / Algésiras
  • Algésiras / Ceuta – Ceuta / Algésiras
  • Gibraltar / Port Tanger-Med* - Port Tanger-Med* / Gibraltar
  • Tarifa / Tanger-ville – Tanger-ville / Tarifa
  • Temps de traversée :
  • Les traversée la plus rapide (Tarifa / Port Tanger-ville en bateau Jet) prend (soit disant) 35 minutes. Les autres traversées prennent une petite heure, voir une heure et demi en fonction des bateaux et des parcours.
  • Compagnies maritimes :
  • Tanger-Med : FRS, Balearia, InterShipping, Trasmediterranea.
  • Tanger-ville : FRS, InterShipping.
  • Fréquence :
  • Un bateau par heure et par liaison en moyenne de 06h00 à 22h00 selon la saison.
  • Tarif moyen (à titre indicatif) :
  • Passager seul (sans voiture) : 400 dirhams aller/retour.
  • Véhicule 4 passagers : 2000 dirhams aller simple.
  • Bon à savoir : les tarifs fluctuent en fonction des parcours, des compagnies et surtout des saisons.
  • Divers :
  • Snack, boutique Duty Free, toilettes et parkings à bord.
  • Mes recommandations si vous embarquez une voiture à bord

  • Préférez un voyage hors-saison*.
  • Armez-vous de patience (il n’est pas rare que la traversée prenne 5 ou 6 heures voir plus).
  • Levez-vous tôt (pour attraper le premier bateau avant tout le monde).
  • Réservez votre billet directement au port (ainsi vous partirez sur le premier bateau en partance et ne serez pas dépendants des horaires aléatoires de votre compagnie).
  • Assurez-vous que votre assurance auto couvre bien l'Espagne et le Maroc (obligatoire).
  • *En haute saison, la traversée avec voiture peut s’apparenter au parcours du combattant : horaires aléatoires (même en cas de réservation), informations du personnel inexistantes, attente interminable, prix exorbitants (pour ne pas dire scandaleux)… Le bateau part quand il est plein et comme il y a du monde sur le quai, vous comprenez vite que vous n’êtes pas près d’arriver… Ceci est valable dans les 2 sens de la traversée.
  • Mes recommandations si vous voyagez sans voiture à bord : 
  • Vous avez fait le bon choix !
  • Dans le sens Espagne / Maroc : optez pour une arrivée au port de Tanger-ville qui se trouve en contrebas de la médina et donc au cœur de Tanger (le port de Tanger-Med se trouve à 1h00 soit 50 km de de là).
  • Dans le sens Maroc / Espagne : Tarifa est une ville qui regorge de charme et d’adresses sympas… Il serait vraiment dommage de ne faire qu’y passer… A bon entendeur…
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné