La vallée des Aït Bougmez

La vallée des Aït Bougmez est un endroit que l’on voudrait garder pour soi… Non pour conserver égoïstement son secret, jalousement gardé par les Berbères mais bien pour la préserver des affres du tourisme de masse et du consumérisme. Combien d’endroits de par le monde ont conservé des liens aussi étroits avec la nature que la bien-nommée « vallée heureuse » ? Peu vous en conviendrez… Raison de plus pour y aller : yallah !

Vers la vallée des Aït Bougmez

Vue de la capitale du Maroc, la vallée des Aït Bougmez fait souvent figure de destination inaccessible, voire inconnue. « Hey, les amis, j’vous ai pas dit ? Je pars à la vallée des Aït Bougmez ». Regards en point d’interrogation cherchant dans le vide intergalactique « Hein ? La vallée des quoi ? » « C’est où ça ? » « C’est à côté de quelle ville ? ».

C’est qu’il faut en voir du paysage pour poser ses valises (ou plus souvent son sac à dos) dans la vallée des Aït Bougmez. De Rabat, compter 7 heures de route entrecoupée de voies rapides (autoroute), de pièges (les radars sur l’autoroute), de virages de montagnes (gare au vertige), d’asphaltes approximatives, de nids de poule… et même de poules !

La partie la plus éprouvante (et la plus belle !) du voyage se situe entre Azilal, la ville la plus proche de la vallée et Tabant qui en est le cœur. Tout au long de la route se succèdent paysages sauvages sertis de montagnes, de forêts de pins d’Alep et d’oasis de verdures égrainées ci et là de villages isolés. On est tenté de s’arrêter à chaque virage tant ces terres, tout en mouvement, accrochent le regard.

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Vers la vallée des Ait Bougmez

Aït Bougmez, nous voici !

Passé le village de Tiourhza qui marque la jonction entre la vallée des Aït Bouelli et celle des Aït Bougmez, nous nous engouffrons dans la bien-nommée « vallée heureuse », pas peu fiers d’avoir (enfin) trouvé son oasis de montagnes au terme d’une journée de route éprouvante. C’est qu’elle est bien planquée la vallée des Aït Bougmez ! Nous comprendrons par la suite que cet enclavement relatif (l’arrivée du goudron et de l’électricité ne date que de quelques années) lui ont permis de conserver intact sa culture, son mode de vie et sa nature.

Reste alors à longer le ruban fertile de la vallée qui déploie ses cultures irriguées à 1800 mètres d’altitude, sous le regard bienveillant des géants du Haut-Atlas central. Nous ne sommes pas encore arrivés à destination et pourtant nous sommes déjà conquis. L’altitude emplit les moindres cellules de notre corps d’un vent profond de sérénité berbère et l’air y a comme un avant-goût de sobriété heureuse…

Tabant, le village du fond de la vallée marque la fin, ou plutôt le début du voyage ! C’est ici, dans le confort simple et rustique de l’auberge Dar Si Hamou, que nous posons nos valises pour vivre l’expérience du bonheur dans la vallée heureuse…

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Les paysages de la vallée des Ait Bougmez

Impressions des Aït Bougmez

« Alors heureuse dans la vallée heureuse ? » me demanderez-vous… Et je vous répondrai « Oh que oui ! ». Et pour cause, chaque instant passé dans cette vallée voit l’expression du bonheur grandir en moi.

Il y a d’abord la nature, tout en majesté, bénie des dieux de la géologie et du trek. Cette nature généreuse, riante et nourricière, sertie dans son écrin atlasique a le pouvoir de nous unir instantanément à sa beauté.

Et puis il y a la vie dans la vallée. Cette vie rude, précaire et communautaire qui dans certains villages ne semble pas avoir changé depuis le XIXe siècle. Pas de tracteurs, de sophistications agricoles ou de connexion haut-débit dans les Aït Bougmez ! Ici, les charrues sont tirées par des mulets, les lessives sont faites à la main et les denrées transportées à dos de mule. On est bien loin de sa zone de confort, et pourtant…

" Je ne pus m'empêcher de demander à côté de notre hôte une question qui me brûlait les lèvres, comment se faisait-il que les gens de ces contrées froides, si montagneuses, fussent si bien lotis en avoir et en savoir ?"

Amin Maalouf (Léon l’Africain, Le livre de Fès) à propos de la vallée des Aït Bougmez.

Et pourtant les sourires sont bien là, l’hospitalité est bien sincère et le superflu bien vite oublié. Immergé dans cette bulle d’humilité et d’essentiel, on sent les forces vives de la vie nous reconnecter à un biorythme jusque-là oublié. Principal responsable ? Le temps. Ce temps si précieux, ce temps si rarement conjugué au présent, ce temps qui bien souvent nous échappe.

On comprend bien vite que le temps est une denrée précieuse dans la vallée des Aït Bougmez. À croire que le concept de Slow Tourism a été inventé ici… Ici le temps s’accorde non pas à la dictature de la vitesse et de la convoitise mais bien au rythme des saisons, des récoltes et des mouvements de l’astre solaire dans le ciel. Ce temps offert en partage par les habitants de vallée est l’un des plus beaux présents offert au voyageur qui s’aventure dans ses contrées… À condition bien-sûr de savoir prendre le temps : le temps de marcher, de s’arrêter, de voir, de comprendre, d’écouter, d’échanger et de partager à son tour. Car, vous l’avez compris, on ne consomme pas la vallée heureuse, on vit la vallée heureuse !

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Un aperçu de la vie dans la vallée des Ait Bougmez
Le hammam des Ait Bougmez
Le hammam des Ait Bougmez
Des voyageurs heureux dans les Ait Bougmez
Des voyageurs heureux dans les Ait Bougmez
  • Infos pratiques

  • Y aller :
  • Depuis Marrakech : 235 km (compter 04h15 de route).
  • Depuis Azilal : 85 km (compter 02h00 de route).
  • Depuis le village de Aït M’hamed (à 20 km d’Azilal), deux accès mènent à la vallée des Aït Bougmez : la route « goudronnée » (à droite), plus longue est praticable en voiture de tourisme ; la piste (à gauche), plus courte est réservée aux véhicules tout terrain.
  • Précautions :
  • N’oubliez pas de retirer de l’argent et faire le plein d’essence avant de vous engager dans la vallée, au risque de rentrer de votre voyage dans les Aït Bougmez… à dos de mule ! Les stations-services et les agences bancaires les plus proches se situent à Azilal et Demnate.
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné