MMVI : l’art contemporain s’invite à Rabat

Et une nouvelle raison de visiter Rabat, une ! Si vous pensez que l’art marocain se limite à son artisanal, il est temps de tordre le cou aux idées reçues ! Inauguré par le roi du Maroc himself fin 2014, le musée Mohamed VI de Rabat, alias le MMVI (son petit acronyme) est le premier musée marocain dédié à l’art moderne et contemporain… Visite guidée !

Un musée d’art contemporain dans une bâtisse néo-mauresque

Ne vous attendez pas à tomber nez à nez avec l’alter ego d’un centre Pompidou ou d’un musée Guggenheim en flânant hasardeusement dans les rues de Rabat. Et pour cause, le MMVI passe plutôt inaperçu pour un musée d’art contemporain… Façade néo-mauresque, arcades grandioses et motifs traditionnels stylisés marquent le look du musée, signé de l’architecte Karim Chakor.
S’il s’intègre à merveille dans le tissu urbain du centre-ville de Rabat, le bâtiment ne rappelle que timidement sa vocation contemporaine. Jeux de lumières, blancheur immaculée et perspectives ravivent les souvenirs de l’Art Déco marocain. Puis, en s’approchant de la bâtisse cubique, posée à même un sol agrémenté de jardins, l’œil est attiré par des panneaux vifs nichés sous les arcades. Les reproductions de toiles XXL annoncent la couleur subrepticement… On se laisse alors happer dans les entrailles du musée, articulé autour d’un vaste patio aux lignes épurées. Le monde de l’art contemporain marocain vous ouvre ses bras !

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Balade muséale dans le MMVI

Ne manquez pas de lever les yeux sur la superbe rosace polychrome au niveau du plafond de l’entrée. Une fois votre ticket en poche, collections permanentes et temporaires articulées sur 3 niveaux vous confrontent à un dilemme. Où diriger vos pas ? Vers une expo dans les salles du rez-de-chaussée ou vers les toiles abstraites perchées à l’étage ? Les agents d’accueil tentent peut-être déjà de vous guider dans le sens de la chronologie…
Pour notre part, nous la ferons à l’envers et commencerons par le sous-sol. Objectif de la balade muséale ? Remonter le temps jusqu’au début du siècle et en profiter pour (essayer d’) identifier les 4 grandes périodes de création s’étendant de 1914 à 2014… Ceci au gré des salles à la scénographie impeccable baptisées du nom des artistes contemporains locaux.

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Direction… le parking !

Non, je n’ai pas oublié mes clés de bagnoles sur le contact. Je ne suis pas non plus allergique à ce point à l’art contemporain au point de préférer le parking du musée plutôt que le musée en lui-même. J’ai simplement ouï dire que des pépites de créativité et d’audace avaient trouvé leur place dans cet endroit peu conventionnel… un sous-sol donc, initialement destiné au parking du musée.
S’il est un drôle d’endroit pour une rencontre, il est aussi the perfect place pour aller à la rencontre d’œuvres d’artistes qui ont des choses à dire (ou pas). Passé la porte d’entrée insignifiante, l’espace s’ouvre sur une grande salle de parking confinée par des plafonds bas. L’atmosphère, un brin « claustrophobique » nous met illico au diapason de certaines œuvres présentées ici. Lumière brute et airs de friche industrielle font le reste, rajoutant de l’insolite à l’air du lieu, parfaitement dissimulé, imparfaitement underground…
Pour s’extasier, débattre, s’étonner, aimer ou détester, reste à déambuler au fil des œuvres d’art correspondant à la période 4 de l’exposition inaugurale 1914 - 2014: cent ans de création. Cela donne des « levers du jour à base de poudre de piment » (Batoul Shimi), des cœurs en tessons de verre (Amina Benbouchta) et des séries d’impressions numériques aux noms explicites « Ce qu’on ne peut pas voir » (Carolle Benitah)… Foisonnant et jubilatoire !

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Sous le signe de l’audace

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on est loin des fantasias sur toile au MMVI… Dans la catégorie audace, saluons la série de créations signée Rim Battal Hascoet. On y découvre une mariée vêtue en costume traditionnel dégurgitant des « phénomènes d’extériorisation catalytiques » avant de tomber nez à nez avec un drap taché à l’intitulé équivoque Parfois je mens, parfois je dis la vérité. Non loin, les onze panneaux électoraux signés Abderrahmane Doukkane arborent une esthétique parfaite ou s’invitent des regards et des images de bidonvilles déployées sur fond noir et blanc. Le slogan équivoque d’Amine el Gotaibi « La Prédation ne croît pas à la mort », relié à une photo dans laquelle l’artiste arbore un tuyau de gaz et un chalumeau face au parlement de Rabat attire immédiatement l’œil et la conscience. Étonnement à tous les étages avec une vidéo de 2 minutes et 10 secondes intitulée Mes avortements. C’est signé Fatima Mazmouz et c’est au rez-de-chaussée que ça se passe. Son contenu ? Inutile de se hasarder à le décrire… Une vidéo vaut parfois mieux qu’un long discours…

Le MMVI au fil des expositions

Exposition inaugurale 1914- 2014 : cent ans de création jusqu’au 30 septembre 2015.
Exposition itinérante Le Maroc médiéval : un empire de l’Afrique à l’Espagne jusqu’au 3 juin 2015.
On peut se demander ce que l’art médiéval vient faire dans un musée d’art contemporain, toutefois, si vous l’avez raté au musée du Louvre, vous avez encore une chance de la voir au MMVI !

Confidences et coups de cœur

S’il n’est point besoin d’être un habitué des vernissages du Marais pour déambuler dans les salles du MMVI, des éclairages sont néanmoins indispensables pour (essayer de) comprendre quelques coups de pinceaux inintelligibles.
À la question qui taraude souvent les visiteurs des musées contemporains « faut-il comprendre une œuvre d’art pour l’apprécier ? » on pourrait être tenté de répondre « Non » lorsque le langage de la beauté et des expressions nous touche directement, sans initiation, ni interprétation. Baudelaire ne disait-il pas « Tout Art doit se suffire à lui-même » ? J’ai pu mesurer toute la justesse de cette maxime à plusieurs reprises au MMVI.

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L’installation du collectif Pixylone qui consiste en des projections d’images sur des pains de sucre m’a enchantée... Mes enfants, sans appartenir au microcosme élitiste de l’art contemporain marocain furent également conquis et me demandent toujours après ces fameux pains de sucre. Même jubilation devant la série de toiles psychédéliques très seventies perchées au premier étage du musée. Même fascination face aux tirages argentiques de Malik Nejmi ou au triptyque Converging Territories signé Lalla Essaydi. Le clou de la visite revient inévitablement à l’installation du collectif Zbel Manifesto. Zbel en arabe signifiant « déchet », c’est donc sous le signe des déchets d’emballages que les quatre artistes du collectif nous emmènent lors d’un parcours réalisé in situ. Au programme : traversée d’un mur de bouteilles en plastique, vision d’une chambre entièrement composée de déchets d’emballages et séquence « espoir » portée par quatre sculptures de papiers colorées érigées vers le ciel. Des toilettes fleuries, façon Marcel Duchamp parachèvent le parcours en apothéose…
À ce moment, on réalise un souhait… Que cette installation, provisoire, prenne définitivement ses quartiers dans le musée (histoire que vous ne la ratiez pas bien-sûr !). On forme aussi tous nos vœux d’espoir pour que le sous-sol du musée ne transmute pas en « vrai » parking… L’Art contemporain lui va si bien ! Nous souhaitons enfin une longue et foisonnante vie à ce musée passionnant qui signe les premières pages de l’histoire de l’art contemporain au Maroc !
Le MMVI en pratique

Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h.
+ de 18 ans : 20 DHS à 40 DHS (en fonction des expositions).
12-18 ans : 10 à 20 DHS (en fonction des expositions).
- de 12 ans : 5 à 10 DHS (en fonction des expositions).
Adresse : angle avenue Moulay El Hassan et Avenue Allal Ben Abdellah
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© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné