Le singe magot du Maroc

Emblématique des cédraies du Moyen-Atlas, le singe magot – alias le macaque de Barbarie - est évoqué dans tous les guides touristiques… Si bien que lorsqu'on foule les contrées du Moyen-Atlas, on s’attend à approcher ces primates façon Sigourney Weaver dans Gorilles dans la Brume… Dans la réalité il n’en est malheureusement rien. Portrait de ces macaques endémiques de l’Afrique du nord… à protéger de toute urgence !

Carte nationale

Nom : singe Magot, alias Macaque de Barbarie.
Nom scientifique : Macaca Sylvanus.
Famille : cercopithécidés.
Origines : forêts, canyons et crêtes rocheuses du Maroc et de l’Algérie.
Couleur de pelage : brun-ocre-fauve.
Lieux de résidence au Maroc : les singes magots sont répartis sur 3 régions :
- le Moyen-Atlas (qui abrite la plus grande population mondiale de singes magots).
- le Rif (domaine forestier du nord).
- le Haut-Atlas.
Certains singes magots ont également traversé la Méditerranée pour s’établir sur le rocher de Gibraltar faisant du singe magot le seul primate installé en Europe, après bien–sûr, l’homo sapiens.
Habitat : le domaine forestier comprenant de la nourriture, de l’eau et des grands arbres types cèdres de l’Atlas et chênes d’altitude.
Liens de parentés : les cousins lointains des macaques de Barbarie vivent principalement en Asie. Parmi eux, les macaques du Japon ont, comme les singes magot, l’aptitude à vivre en milieu enneigé.
Particularités : le singe magot est le seul macaque encore présent sur le continent africain à l’état « sauvage ».
Statut : en voie de disparition.
Vie sociale : les singes magots vivent en groupe mixte de mâles/femelles plus ou moins important (20/40/80 individus) selon la taille de leur territoire. Ils composent une société hiérarchisée par un mâle dominant qui gère les conflits et sert de guide lors des déplacements. Les femelles restent dans un même groupe toute leur vie alors que les mâles migrent parfois.
Communication : cris, postures et mimiques faciales.
Durée de vie moyenne : 22 ans.
Durée de gestation : 6 mois.
Régime alimentaire : le régime alimentaire « naturel » des singes magots est omnivore et se compose principalement de végétaux « de saison » : fruits, herbes, glands, champignons, racines, feuilles, écorces et insectes : chenilles, sauterelles, araignées et même… des scorpions !
Activités : jeux, relations tactiles, recherche de nourriture.
Mignonnerie : le singe magot se différencie des autres primates par sa relation avec les petits. Papa magot, porte et protège bébé magot dès sa naissance. "C'est il pas mignon ?"

Quoi ma gueule ? Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ? (Papa magot et bébé magot)

S.O.S singes magots en déclin

Dans la forêt de Feu le Cèdre Gouraud, les mines blafardes des touristes nationaux et internationaux s’illuminent lorsqu’ils aperçoivent, au détour d’une clairière une famille de magots en « pseudo liberté». C’est qu’ils sont si attendrissants avec leurs bébés macaques et leurs yeux expressifs. 

Pourtant, ce que ces touristes ignorent, c’est qu’en pensant faire plaisir au petit dernier – "Je te donne un sachet de cacahuètes, comme ça tu peux leur donner à manger !" - ils participent eux-aussi au déclin de l’espèce. La population des singes magot a été réduite de moitié en moins de 30 ans. Si rien n’est fait rapidement pour leur sauvetage, les Macaques de Barbarie ne seront plus bientôt qu’un souvenir africain à l’instar du lion de l’Atlas…

Une note d’espoir... dans un monde de bruts

Le singe Magot était déjà protégé par la convention de Washington et classé depuis 2000 sur la liste rouge des espèces menacées par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

En  2016, il est passé de l’Annexe II à l’Annexe I de la Convention sur le Commerce International des Espèces de Faune et de Flore menacées d’extinction (CITES)… ce qui correspond au plus haut niveau de protection. Espérons maintenant que les actions menées sur le terrain vont suivre au plus vite. Rappelons que sur plus de 30 000 singes magots répondant à l’appel de la forêt nord-africaine dans les années 70’, il en subsisterait à peine moins de 10 000 aujourd’hui.

L’homme est un loup… pour le magot

Principaux coupables du déclin de l’espèce ? La surexploitation forestière, le surpâturage, le défrichage, l’épuisement de la nappe phréatique, le tourisme (irresponsable), la prédation, le réchauffement climatique, l’érosion des sols, le commerce international illicite, le braconnage, l’ignorance, l’inertie des autorités, les laboratoires pharmaceutiques peu scrupuleux… La barbarie pèse lourd sur le territoire des macaques berbères.

Piétinée par les moutons et les chèvres qui dévorent tout sur leur passage, ravagée par la surexploitation du bois, la cédraie passe un mauvais quart de siècle. Elle aurait diminuée de plus de 40% en 15 ans selon le Fonds Mondial pour la Nature (WWF). Résultat ? Les singes magots (ou ce qu’il en reste) ne reconnaissent plus leur habitat naturel diminué par l’action conjointe des hommes et de la folie des hommes. Le territoire des singes magots, trop clairsemé pour vivre leur permet à peine de survivre en écorçant la sève des jeunes cèdres, faute de trouver autre chose à manger… et surtout à boire, car privés d’accès à l’eau, les singes magots meurent de soif.

Conséquence ? Les charmants acrobates de la cédraie s’attirent les foudres des bergers et des paysans et anéantissent malgré eux les efforts menés pour la régénération des forêts de cèdres et donc de leur habitat naturel. Pourtant, à l’instar de toute espèce animale et végétale, le singe magot a une place capitale dans l’écosystème. En dispersant les graines accrochés à leur fourrure, les singes magots favorisent notamment la repousse des arbres.

La cédraie est le lieu d'habitat de prédilection des singes magots du Maroc.

Les Macaques de Barbarie victimes d’actes de Barbarie

Certains singes magots se tournent vers la mendicité quémandant cacahuètes, barres chocolatées et morceaux de pain chez les populations d’homo sapiens et autres homo turisticus. D’autres sont arrachés à leur environnement naturel pour être revendus comme animaux domestiques. Exportés illégalement, les bébés magots passent les douanes, calmants aidants pour se réveiller chez des particuliers en France et Espagne.

Le singe magot, qui ne mesure alors que quelques centimètres, deviendra un animal de compagnie aussi frime que l’iguane, le boa ou le pitbull… avant d’être lâchement abandonné dans les périphéries des villes dès l’âge adulte car devenu trop envahissant et agressif… C’est un fait, le singe magot est un animal sociable… envers les siens. Il n’a de ce fait pas vocation à vivre parmi les hommes, ni même parmi les autres groupes de macaques étant donné la hiérarchie subtile qui sévit au sein de ces familles de primates.

Sur la mythique place Jema el Fna (pourtant classée à l’UNESCO), même combat ! Les dresseurs de singes, dénués de permis, ne manquent pas de faire exécuter aux singes magots pirouettes et autres culbutes sous la menace du bâton. Les macaques revêtus d’habits aux couleurs criardes (et parfois de couches) attendrissent touristes (grands et petits) maintenus en ignorance et complices, malgré eux, de la maltraitance des singes magots et du pillage de la biodiversité.

Bien-sûr certains rétorqueront que la pratique est historique, voir culturelle (à l’instar de la tauromachie sous d’autres cieux…) et que les pays dits « du Nord » ont leur propres casseroles (et ô combien plus importantes) en matière de maltraitance des animaux et d’écologie. Cela ne doit pas pour autant nous empêcher de réfléchir et d'agir, ensemble, à l’avenir que nous voulons pour la nature et la diversité des écosystèmes qui, faut-il le rappeler sont à la base de toute vie : y compris de la nôtre !

Quel avenir pour les singes magots du Maroc ?

Vers un voyage responsable

Autorités, forestiers, bergers, agriculteurs, consommateurs, touristes et voyageurs : il est du devoir de tous de prendre conscience de l’empreinte que nous laissons derrière nous !

Parce qu’un voyageur averti en vaut deux, n’oubliez pas que :

  • Il est préjudiciable de nourrir les singes magots (et encore plus devant les panneaux qui l’interdisent).
  • Pain, sucre, confiserie, barres chocolatées et biscuits industriels sont des nourritures nocives qui endommagent les dents et les systèmes digestifs des macaques marocains.
  • Le nourrissage des singes magots par la main de l'homme bouleverse leur mode de vie et les rendent dépendants, inaptes à chercher de nourriture par eux-mêmes et vulnérables au commerce illicite. Plusieurs symptômes ont également été observés : obésité, agressivité, stress psychologique etc.
  • Cautionner les dresseurs de singe contribue à mettre l'espèce toujours plus en danger.
Singe magot en flagrant délit de singerie
  • Partir à la rencontre des singes magot (sans les corrompre et sans les déranger)
  • L’association BMAC (Barbary Macaque Awereness & Conservation) organise des programmes de sensibilisation et de conservation dans la région de Tétouan et Chefchaouen. Le programme « Conservationist For A Day »  (naturaliste d’un jour) permet de suivre les actions de l’ONG et d’observer (de loin !) les singes magot évoluant en totale liberté dans la forêt de Bouachem. En savoir plus.
  • The Moroccan Primate Conservation Foundation (MPC) organise le même type d'excursion éco-touristique dans la région d’Ifrane/AzrouEn savoir plus.
  • Des randonnées avec guides de montagne sensibilisés dans les parcs nationaux d’Ifrane et de Talasemtane permettent également (avec un peu de chance) d’observer les singes magots... sans les corrompre et sans les déranger. Je vous le conseille franchement... Ils sont trop craquants !
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné