Le vieux ksar de Goulmima

C’est un vieux ksar perdu dans les méandres des paysages pré-sahariens qui courent entre la vallée du Ziz et les premières dunes du désert. Peu de voyageurs franchissent les murs épais de ses fortifications. Pourtant le ksar de Goulmima (igherm Igoulmimen), serti dans une charmante oasis mérite le détour, et plus si affinités… Yallah !

Le ksar de Goulmima dans l’histoire

À la lisière de l’Atlas et du désert, à mi-chemin entre Errachidia et Tinejdad, l’oasis de Gheris étale son ruban de verdure aux portes du Tafilalet. Ici jaillit Goulmima (Igoulmimen) et son ksar à l’architecture traditionnelle de pisé. Les portes de ce château de terre sont protégées par deux hautes tours de garde qui rappellent immanquablement le temps des guérillas et des razzias menées jadis par les tribus guerrières et nomades. Parmi elles, la puissante tribu des Aït Atta était la plus redoutée. Chaque année, au moment des récoltes, ses assauts dévastateurs bousculaient la vie paisible des villageois. Régulièrement pillés de leurs bien, les habitants de Goulmima, éloignés du pouvoir central n’avaient d’autre choix pour se protéger que de bâtir un ksar fortifié de murs massifs. Ainsi naquit le ksar de Goulmima (en berbère : igherm Igoulmimen).

Petites précisions linguistiques

Un ksar (singulier) / des ksour (pluriel).
En berbère : igherm / ighermen.
Le mot ksar vient de l’arabe qasr qui signifie palais, château ou village fortifié. Le mot espagnol alcazar vient aussi de là.

Les tours défensives, gardiennes du vieux ksar de Goulmima.
Les tours défensives, gardiennes du vieux ksar de Goulmima.

Balade terre-à-terre dans le ksar de Goulmima

Bien plus modeste que le ksar d’Ait Benhadou, le ksar de Goulmima n’en est pas moins intéressant d’un point de vue culturel et esthétique. En tant que digne représentant de l’architecture traditionnelle du pré-Sahara marocain, il invite le voyageur dans la vie de son village, peuplé non pas de groupes de touristes mais bien d’authentiques habitants du ksar. Ruelles étroites, puits de lumière et lourdes portes en bois mènent aux habitations dépouillées de tout superflu. L’arrière-goût de voyeurisme que l’on peut ressentir en foulant la terre du vieux ksar est vite récompensé par les sourires bienveillants et les conversations avec les doyens et les enfants du village.

Graffitis berbères sur les murs du ksar de Goulmima
Graffitis berbères sur les murs du ksar de Goulmima
Les ruelles en terre du vieux ksar de Goulmima
Les ruelles en terre du vieux ksar de Goulmima

À l’extrémité du ksar, les fortifications s’ouvrent sur le grand air ou paître le cheptel du village, à l’orée de l’oasis et de ses jardins cernés de palmiers et de saguias (canaux d’irrigation). À ce moment, on prend toute la mesure du rôle d’isolant thermique propre aux constructions de pisé. La chaleur ne nous empêche pas de palper l’âme de l’oasis en gazouillant joyeusement à travers les vergers plantés d’orge, de luzerne et d’herbes aromatiques. Ainsi va la vie dans l’oasis de Goulmima.

Le coin du cheptel à l'extrémité du vieux ksar de Goulmima
Le coin du cheptel à l'extrémité du vieux ksar de Goulmima
Balade dans la palmeraie jouxtant le vieux ksar de Goulmima
Balade dans la palmeraie jouxtant le vieux ksar de Goulmima

On regrette cependant que le rapport terre-à-terre de notre déambulation à travers le ksar de Goulmima soit quelque peu dénaturé par la présence de béton. Absence de plans de réhabilitation ou restauration maladroite ? Je ne saurais dire mais j’ai toujours peine à voir le Maroc sacrifier son patrimoine et sa culture sur l’autel de l’urbanisme sauvage.

  • Y aller

  • Depuis Er-Rachidia : 60 km (compter 00h50 de route).
  • Depuis Merzouga : 137 km (compter 02h10 de route).
  • Depuis Tineghir : 76 km (compter 1h05 de route).
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné