Les gorges d’Arous

Aujourd’hui, je vous emmène en randonnée familiale dans les gorges d’Arous, suspendues sur les hauteurs de la vallée des Aït Bougmez… Un voyage comme un avant-goût de M’Goun, le point culminant de la région (4068 mètres) et la preuve que la vallée heureuse, vue d’en haut, porte toujours aussi bien son nom !

Envie de prendre de la hauteur

Après deux jours de randonnée dans la vallée des Aït Bougmez, nous avons eu envie de prendre de la hauteur, de donner du relief à un voyage qui n’en manquait pourtant pas… En suivant les conseils de notre hôte, nous avons longuement hésité entre une aventure dans les Aït Bouelli ou un trek dans les gorges d’Arous. Comme il fallait bien opter pour une solution, que le temps avançait et que nos amis muletiers se proposaient de nous accompagner vers la vallée d’Arous, plus proche de leur village, ce sont donc elles qui ont remporté le suffrage.

Sauf que, le mot « gorges » quand on voyage avec des enfants en bas âge… ça ne met pas forcément en confiance. « Dites sa7bi, machi khatir les gorges d’Arous ? (Dites les amis, ce n’est pas dangereux les gorges d’Arous ?) » « Le chemin est-il suffisamment large pour les mules ?» « Y’a-t-il un précipice, des passages abrupts ? »Large sourire amusé de nos hôtes et multiples « machi mouchkil » (pas de problèmes !) offerts en guise de réponse. « Il y a de l’eau tu verras, les enfants vont adorer ! »

En découvrant l’étroit sentier muletier cheminant de toute sa hauteur au-dessus des gorges arrosées d’eau, je me suis dit : « kain moushkil ! » (Il y a un problème !). « La, la, makain moushkil yalah ! » (Non, non, pas de problèmes, on y va !), renchérissent nos muletiers… Et c’est ainsi que l’aventure dans les gorges d’Arous a commencé !

Traversée de la rivière Arous à dos de mûle
Traversée de la rivière Arous à dos de mûle

Vers le plateau d’Ikkis

Premier passage délicat : la traversée de la rivière qui dévale la montagne dans un torrent fougueux aux abords du village d’Arous. Comment faire : plonger dans l’eau ? Escalader la montagne ? Tester l’aqua-trekking ? Mieux que ça, Lhassen et Aziz, nos muletiers ont tout prévu… Et nous voilà parti pour une traversée rigolarde de l’Assif n’Arous (l’oued Arous)… à dos de mule !

Passé la traversée de la rivière, le sentier muletier s’élève progressivement au-dessus de la rivière. Nous nous engouffrons d’un pas léger et soutenu dans la vallée ou gronde l’eau qui dévale des sommets. Les enfants reprennent leurs places sur leurs compagnons de trek préférés qui avancent d’un pas robuste et chaloupé en direction du plateau d’Ikkis (Azib Ikkis en berbère).

Les paysages changent du tout au tout au fur et à mesure de la grimpée alternant oasis verdoyantes et parois granitiques piquetées ci et là d’anciennes habitations troglodytes et de buis. Le temps, aussi changeant que les paysages, joue entre soleil de plomb, prévisions d’averse et froid d’altitude. Crème solaire, veste imperméable et polaire font bon ménage ici.

Nous arrivons sur le plateau d’Ikkis (2250 mètres) avec un gros nuage noir au-dessus de nos têtes. Par chance, le site abrite des bergeries de transhumance ou nous prenons refuge le temps d’un pique-nique sous le regard imposant du seigneur des lieux : le Jbel M’Goun (4068 mètres) qui laisse deviner son sommet couronné de neige à travers l’épaisseur des nuages… Le cadre austère et pastoral de l’endroit est vraiment surprenant et encore plus sous cette chape de nuages. On se sent vraiment… tous petits !

Arrivée sur le plateau d'Ikkis, au pied du mont M'Goun (4068 mètres)
Arrivée sur le plateau d'Ikkis, au pied du mont M'Goun (4068 mètres)

Vers le village d’Arous

La pluie annoncée nous rattrape sur la descente vers le village d’Arous. Les enfants s’accrochent plus que jamais à leurs mules sur les conseils avisés de leurs parents (nous donc !) tétanisés par quelques gouttes de pluie. J’ignore si c’est la descente ou les conditions météo qui nous font soudainement prendre conscience de la hauteur des précipices qui plongent en contrebas du sentier. Les muletiers probablement amusés de ces instants de « panique de citadins » encadrent, comme à leur habitude, mules et enfants de très près. Les plus petits eux dorment paisiblement dans les sacoches latérales de leurs mules au pied montagnard.

C’est non sans une pointe de soulagement que nous arrivons dans le village d’Arous qui marque l’étape finale de notre aventure dans les gorges. Quoi de mieux qu’une partie de football avec les enfants du village pour nous remettre de toutes ces émotions ? Entre deux buts, nous laissons nos amis muletiers réaliser la mission que nous et notre hôte leur avons confiée : acheter deux poulets beldi (fermiers) en prévision d’un tagine à la sauce des Aït Bougmez…

Quinze minutes plus tard, alors que la moitié des enfants du village assiste au match de foot improvisé, voilà que nos deux acolytes reviennent de leurs courses avec deux coqs… bien vivants qui nous accompagneront dans les sacoches de la mule… avant de passer sur le grill (!). Voilà ce qu’on peut appeler une tranche de vie 100% authentique dans la vallée d’Arous.

Anciennes habitations troglodytes dans la vallée d'Arous
Anciennes habitations troglodytes dans la vallée d'Arous
  • Infos pratiques :
  • Compter une journée entière de randonnée pour s'aventurer dans les gorges d'Arous au départ d’Agouti (vallée des Aït Bougmez). Le village d'Arous peut servir de base de départ pour les familles avec jeunes enfants (équipe muletière vivement conseillée).
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné