Les jardins de Sidi Bouknadel

C’est un lieu où mes enfants aiment à jouer les aventuriers du dimanche… Exit les subterfuges et autres argumentaires de vente pour déplacer la tribu aux jardins de Sidi Bouknadel… À leur simple évocation, la famille converge naturellement et joyeusement à travers ses nuanciers végétaux et exotiques. L’endroit, à peine évoqué dans les guides de voyage, renferme incontestablement l’un des plus beaux jardins du Maroc. Découverte en mots et en images.

Une histoire de passionné de botanique

C’est à Marcel François, ingénieur horticole, paysagiste et professeur d’écologie français que l’on doit la création des jardins exotiques de Sidi Bouknadel. Ce passionné de botanique acquiert en 1951 un bout de terrain nu et quasi-désertique dans la commune de Sidi Bouknadel, plantée à quelques kilomètres au nord de Salé. Son projet ? Donner naissance au jardin exotique de ses rêves. Écolo avant l’heure, Marcel François bannit tout intrant chimique de son projet et réalise une série de jardins s’inspirant de la diversité paysagère des différentes contrées du monde. Après d’innombrables voyages, heures d’ouvrages, de cultures et de plantations, l’Eden exotique voulu par Marcel François ouvre ses portes au public. Nous sommes en 1961. L’ingénieur n’a pas ménagé ses efforts pour transformer ses 4 hectares de terrains. Résultat : les jardins de Sidi Bouknadel sont d’une qualité esthétique et créative exceptionnelle.

Les jardins exotiques de Sidi Bouknadel, côté Andalousie
Les jardins exotiques de Sidi Bouknadel, côté Andalousie

… d’abandon et de restauration

Mais à la mort de leur créateur en 1999, les jardins de Marcel François, cédés généreusement au gouvernement marocain sont laissés à l’abandon... En 2003, la fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement vient à leur secours. Trois années de rénovation plus tard, le lieu mythique renaît. Il est à noter que le projet de restauration a mis l’accent sur les bâtiments historiques, les sentiers, les ponts suspendus, la signalétique, l’accès, les supports pédagogiques et les systèmes d’irrigation ; les arbres, les végétaux et l’esprit du lieu ayant été parfaitement préservés. Résultat de l’opération de lifting ? L’aménagement, parfait, permet de suivre pas moins d’une douzaine de parcours pédagogiques et thématiques. À noter enfin qu’une quarantaine de personnes sont mobilisés à plein temps pour l’entretien et l’exploitation du rêve de monsieur François. Plus de la moitié sont jardiniers. Nul doute que le compositeur du lieu, dont l’âme plane encore dans les jardins, aurait été fier de l’œuvre de ses successeurs.

De la politique environnementale à la poésie, il n’y a qu’un pas…
À l’entrée des jardins, on peut lire ces quelques vers, signés Marcel François.
« ô Maroc
Je t’ai toujours aimé !
Dès ma jeunesse, j’ai connu le Maroc.
J’ai aussi parcouru l’Afrique Noire : l’Afrique mystérieuse, celle des ponts de lianes, des pirogues et des danses masquées.
J’ai trouvé la forêt dense dans la moiteur des pays équatoriaux où les arbres sont si hauts et les verts si variés.
Afrique, pays de lumière et des ciels étoilés, après tant d’années tu ne m’as pas encore déçu.
Hautes maisons grises et fumées noires, pâquerettes et boutons noirs des squares de mon enfance au milieu d’un paysage de cauchemar.
C’est finalement vers toi ô Maroc que je suis revenu et c’est là que j’ai essayé de réaliser, grâce à Dieu, mon rêve de jeunesse : un paysage à la mesure de l’homme où pâquerettes et boutons d’or ne se fermeront jamais !
C’est la poésie qui recrée les paradis perdus ; la science et la technique seules en sont incapables. » 

Une invitation au voyage

Dans ces 4 hectares d’espace, tout a été minutieusement pensé pour recréer l’ambiance des quatre coins du monde. Du jardin polynésien au jardin japonais il n’y qu’un pas… à travers les jardins du Congo, du Mexique ou du Pérou… On passe de la savane au Brésil en passant par l’Asie méridionale sans se soucier des frontières.
Les jardins exotiques de Salé abriteraient pas moins de 1 500 espèces végétales ramenées des 5 continents. Ils sont divisés en 3 zones thématiques. Les jardins dits « Nature » reconstituent l’ambiance de forêts lointaines (Polynésie, Congo, Brésil etc.) Les jardins dits « Culture » invitent à découvrir l’art de vivre des civilisations andalouses, chinoises et japonaises à travers leurs jardins structurés. La zone dite « didactique » abrite une ménagerie, une volière et un vivarium dédié aux plus belles créatures cauchemardesques : vipères, serpents, scorpions, mygales… que du beau monde !

Reflets végétaux dans les eaux des jardins exotiques
Reflets végétaux dans les eaux des jardins exotiques

Une bulle de fraîcheur et d’exotisme

Les dentelles des denses feuillages se découpant sur le bleu du ciel attirent inévitablement le regard vers le haut. Plus bas, le Royaume du végétal fait son show : plantes grasses, lianes à la Tarzan, étangs fleuris de nénuphars et ficus à complexer nos plantes d’appartements fourmillent. Les amateurs de botaniques partent déjà à la recherche des guest-stars du lieu : iris jaune, glycine de Chine et nénuphars roses (pour ne citer qu’elles).
Le labyrinthe et son réseau inextricable de sentiers appelle quant à lui les amateurs d’aventures à tourner joyeusement en rond. Vous avez trouvé la sortie ? Perdez-vous encore dans la flore luxuriante des jardins exotiques. Ici des huttes en bois épousent un étang ponctué de plantes marécageuses se reflétant dans l’eau. Là-bas des ponts suspendus s’élancent au-dessus des plans d’eau bordés de papyrus. Plus loin, des pierres courent à la surface de l’eau invitant les enfants à toute sorte de défis.
Partout, les écolos-friendly respirent. Biodiversité, écologie et recyclage sont mis à l’honneur à travers différents pupitres, piliers et modules de compostage. Les romantiques ne sont pas en reste. L’endroit est d’ailleurs fréquenté par de nombreux amoureux transis qui roucoulent sous les ombrages. Les effluves de terre mouillée et d’essences végétales se respirent à plein nez. La danse du vent et du soleil à travers les feuillages, les murmures des fontaines, les croassements des grenouilles et les piaillements des oiseaux amplifient un peu plus la magie du lieu. « J’ai toujours l’impression de voyager lorsque je viens aux Jardins de Sidi Bouknadel. J’aimerais que le Maroc crée des jardins similaires à travers tout le pays » souligne Samia, une jeune maman de 34 ans venue se réfugier un après-midi d’été dans les Jardins exotiques avec ses deux enfants. C’est qu’on en oublierait presque le chaos de la ville qui gronde non loin de là…

Les jardins de Sidi Bouknadel en pratique
Y aller
Km 13 Salé, à 12 km au nord de Rabat, sur la route de Kénitra
Tarifs
Jardins : adultes : 15 MAD ; enfants : 10 MAD (soit environ 1.40 et 0.90 €)
Vivarium : adultes et enfants : 5 MAD (soit environ 0.40 €)
Musée : adultes et enfants : 5 MAD (soit environ 0.40 €)
Jardins + Vivarium + Musée : adultes : 20 MAD ; enfants : 15 MAD (soit environ 1.80 et 1.40 €)
Taux de conversion au 02/10/2015
Horaires
Hiver : 9h-18h30. Été : 9h-19h30
Fermé le lundi matin et les jours de l’Aïd Adha et de l’Aïd al Fitr
Prévoir 2 heures minimum, une demi-journée pour les adeptes de slow tourism
Café Maure
Un salon de thé permet de prolonger la visite des Jardins Exotiques.
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 © photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné