L’insolite Kasbah de Tizourgane

On se pose deux questions lorsque l’on découvre la Kasbah de Tizourgane, au détour d’un virage de la route des amandiers. 1/ Games of Thrones aurait-il été tourné dans le coin ? 2/ On est toujours au Maroc ? C’est que l’architecture de la kasbah est pour le moins insolite…

Des airs de forteresse chevaleresque

La route menant de Tafraoute à Aït Baha épouse les mouvements d’un paysage accidenté ou les panoramas plongeants invitent sans cesse à ralentir, non sans éblouir au passage la rétine et l’objectif. Soudain, au détour d’un virage, une citadelle, échappée du fond des âges accroche le regard. Posée telle une sentinelle de pierre sur un piton rocheux du massif du Jbel Lekst, sa silhouette improbable ajoute au voyage sa part d’inattendu.

C’est que dans cette région du Souss marquée par une architecture caractéristique de pisé, la kasbah de Tizourgane fait un peu figure d’OVNI architectural. Belle et rebelle, elle dresse son habillage de pierre et d’ardoise dans une région où la terre a d’ordinaire le dernier mot. Sa vision réveille d’emblée des images d’épopées chevaleresques surgies d’un autre temps. On s’imagine alors sur le point de parcourir un village au décor de cape et d’épées. Autant de scénarios improbables en pareil endroit du Sud marocain. Vous l’avez compris, la kasbah de Tizourgane dénote et c’est aussi pour ça qu’on l’on se doit de s’y arrêter…

 

Porte d'entrée de la Kasbah de Tizourgane
Porte d'entrée de la Kasbah de Tizourgane

L’histoire d’un agadir du XIIIe siècle ressuscité

Si cette forteresse aux airs de Moyen-âge ne date évidemment pas d’hier, sa restauration est toujours en cours aujourd’hui. À l’aube du XIIIe siècle, la kasbah de Tizourgane aurait servi de refuge aux tailleurs de pierres qui exploitaient le calcaire pour la construction de moulins. D’où son nom Tizourgane qui signifie « moulins » en berbère. Le sommet abrita un temps les habitants du hameau qui s’installaient autour de son grenier collectif (agadir) afin de protéger les biens précieux des récoltes. On dit que les paysans de la forteresse à l’âme rebelle refusaient de se soumettre aux invasions extérieures. L’armée française y aurait même mené un siège de 40 jours sans succès… Puis le temps des insurrections céda la place aux assauts de l’exode rural qui vit la kasbah de Tizourgane se dépeupler avant de sombrer dans une lente agonie.

Oubliée des hommes, ce petit bout d’histoire, perché entre Tafraoute et Aït Baha ressuscita sous l’impulsion d’un homme : Jamal Moussali. Cet enfant du pays a laissé derrière lui Casablanca, sa vie citadine et son travail pour se consacrer à la sauvegarde de la kasbah oubliée. De retour au bercail avec 10 000 dirhams en poche, le chevalier des temps moderne créa notamment une association de sauvegarde du patrimoine avec l’aide du voisinage. Restaurer le chemin d’accès à la kasbah, acheminer l’eau, enterrer les câbles électriques, épurer les eaux usées et veiller au respect du site furent autant de défis pour Jamal Moussali.

En 2005, la kasbah obtient une aide du ministère de la culture, qui, convaincu par le caractère exceptionnel du site alloue un budget à la rénovation des parties communes (remparts, chemin de ronde, mosquée et tours). Aujourd’hui, malgré les efforts qu’il reste à mener, Jamal et son épouse Malika ont à cœur de partager leur passion du patrimoine et de la région via leur maison d’hôte installée au cœur de la kasbah de Tizourgane.

 

Balade dans la Kasbah de Tizourgane
Balade dans la kasbah de Tizourgane

Balade dans la kasbah de Tizourgane

Pour atteindre la kasbah de Tizourgane, il faut gravir une succession de marches menant à l’entrée unique du village. La porte monumentale grince alors de tout son poids pour s’ouvrir sur un réseau de ruelles enchevêtrées habillées de pierres sèches et de fenêtres en fer forgé. Les maisons s’élèvent sur plusieurs niveaux, offrant un aperçu de ce qu’était jadis la vie dans le village. Les portes sculptées en bois d’arganier, elles, s’entrebâillent pour nous laisser imaginer les secrets de la citadelle.

Ci et là, le panorama à 360° sur la vallée dévoile des paysages aux airs de tableaux de maîtres. Les champs coiffés de cactus et d’arganiers centenaires font écho aux cimes de l’Anti-Atlas s’élevant de part et d’autre de la plaine gorgée de soleil. Nous nous abreuvons de l’éclat des paysages dans un silence monacal perturbé par le seul braiment des ânes. Une sensation de béatitude envahit tout notre être…

 

  • Infos pratiques
  • Y aller :
  • Depuis Tafraoute : 50 km (compter 1h00 de route). Depuis Agadir : 110 km (compter 2h15 de route).
  • La kasbah de Tizourgane fait l’objet d’une belle étape lors d’un circuit dans l’Anti-Atlas ou vers les plages secrètes du sud du Maroc. On peut y séjourner, y déjeuner ou se délecter simplement d’une balade dans la kasbah.
   
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné