L’Orchestre de Minuit (film)

C’est un film plein d’émotions, de rires, de larmes et de poésie que j’ai eu la joie de découvrir lors de sa sortie le 15 octobre 2015. L’Orchestre de Minuit n’est autre que le deuxième long métrage du réalisateur franco-marocain Jérôme Cohen-Olivar. Une pépite cinématographique suintante de générosité et de sincérité dont l’action se déroule à Casablanca. A voir absolument.

Synopsis

Comme nombre de Juifs marocains, Michaël Abitbol a quitté sa terre natale lors des événements de la guerre du Kippour sans même se retourner. Le jeune cadre poursuit une brillante carrière dans la finance aux États-Unis, loin de ses souvenirs d’enfance qu’il a pris le plus grand soin d’enfouir au plus profond de son être. Mais un jour, son père, qui n’est autre que Marcel Botbol, ancien maître de musique judéo-marocaine, lui donne rendez-vous à Casablanca. De retour d’un long exil, c’est froidement et hermétique à son environnement que Michaël foule la terre de son enfance… Son père, l’accueille, violon pleurant dans les bras et lui promet des révélations sur les raisons de son retour au Maroc. Mais la mort ne lui en laisse pas le temps. Marcel s’éteint avant le premier dîner de retrouvaille, emportant avec lui le secret de ses révélations. Désemparé, Michaël envisage d’abord de faire rapatrier la dépouille de son père en Israël. Mais sa rencontre hasardeuse avec Ali, chauffeur de taxi casaouï et grand admirateur du père défunt en décide autrement… Très vite, la volonté de comprendre les dernières volontés de Marcel rattrape Michaël et réveille en lui le besoin de recomposer les morceaux de sa propre identité. Il s’embarque aux côtés d’Ali, dans une course effrénée à la recherche des musiciens dispersés de « L’Orchestre de Minuit ». Et si sa mission était de faire revivre, l’espace d’un instant, l’Orchestre du père Botbol, et à travers lui, toute la nostalgie de la belle époque ?

J’ai aimé

♥♥♥ Le duo Avishay Benazra et Aziz Dadas… Aziz Dadas, incarne superbement Ali, le taximan roublard et blasé. Michaël, lui,  joue le prototype du financier froid et hautain. Puis, les personnages tombent peu à peu les boucliers pour révéler leurs âmes chaleureuses, sensibles et fraternelles… L’amitié complice transcende alors les différences de cultures et de religions, non sans évoquer le multiculturalisme du Maroc d’antan... Celui-là même que de nombreux Marocains ont pleuré lors du départ des Juifs du Maroc... Et celui-là même que de nombreux Marocains, nostalgiques de la belle époque pleurent encore…

♥♥♥ La belle brochette de personnages loufoques des membres du groupe déchu de « L’Orchestre de Minuit ». Du poète de rue illuminé au résident de l’hôpital psychiatrique en passant par le fou de dieu ou l’hédoniste excentrique, tous contribuent à apporter la touche Rock N’Roll au film qui à aucun moment ne tombe dans le tragique. Les points d’interrogations enfouis sous les carapaces des musiciens aux grands cœurs rappellent aussi l’indicible souffrance liée au départ de leur ami juif. En dépit de leurs blessures écorchées, la nostalgie de cette grande et belle famille humaine à laquelle ils ont appartenu est restée intacte et attend, secrètement, un appel à la résurrection.

♥♥♥ Les clins d’œil truculents de Gad el Maleh et Hassan El Fad métamorphosés en rabbins chargés des conseils funéraires… Les répliques font illico passer des larmes au rire non sans teinter la profondeur du scénario de légèreté.

♥♥♥ Le traitement à la fois juste et troublant de la question de l’identité marocaine. Les ressentis humains l'emportent haut la main sur les crispations identitaires et le chaos des visions géopolitiques. Cette façon d’aborder l’histoire des deux communautés brisées sous le prisme de l’individu lui-même fait déborder le film de sincérité et d'amour. Même les injures « sale Juif » et « sale Arabe » se heurtent naturellement à la force de l’universel. Tout au long du film, on lit en filigrane les écorchures de ces enfants blessés par des événements qui les dépassent mais qui au fond d'eux ne demandent qu’une chose : vivre ensemble et en paix.

♥♥♥ La musique, fil conducteur du film, se fait la caisse de résonance des racines multiculturelles du Maroc.  Il ne pouvait y avoir de meilleur symbole que cette musique qui unit les hommes et porte en elle le sceau de la mémoire et de l’universel pour illustrer le film.

♥♥♥ L’esthétique du film. Casablanca, plus ciné-génique que jamais y est à l’honneur. Les images du Casa d’antan se télescopent avec celles du Casa d'aujourd’hui pour lier ce pont coupé entre l’histoire et le présent d’une jolie note d’espoir.

♥♥♥ Une plongée dans l’histoire juive du Maroc à travers l’histoire partiellement autobiographique du musicien Marcel Botbol, icône de la musique châabi (populaire) du Maroc des années 60.

♥♥♥ Les sourires méditerranéens plus vrais que nature (celui de l’acteur principal Avishay Benazra est pas mal non plus d’ailleurs)…

♥♥♥ … verser ma petite larme à la fin du film (oui j’avoue).