Lumineuse Kasbah des Oudayas

C’est une kasbah comme une bulle de vie perchée au-dessus des flots. Une kasbah comme un village dans la ville où l’on se perd pour mieux se retrouver.

Des remparts massifs

La découverte extra-muros de la Kasbah des Oudayas marque le préambule d’une visite monumentale. On est d’emblée saisis par l’épaisseur des remparts d’enceinte (2,5 mètres) qui courent autour de la kasbah. Ils déploient leurs murs ocre de toute leur hauteur comme pour incarner la force dont la forteresse s’est nourrie au cours de son histoire. Un préambule qui contraste avec la légèreté aérienne du lieu qui attend le voyageur une fois franchie la porte monumentale voulue en son temps par le sultan Almohade Yacoub el Mansour.

Les murs défensifs, gardiens de la cité, murmurent les grandes histoires, celles des corsaires, des guerres et des luttes de pouvoir qui assaillaient l’ancienne forteresse militaire. En se tournant vers l’océan, on imagine le retour des corsaires au lendemain d’une expédition fructueuse… Avec le calme de la mer pour horizon, l’imagination s’envole !

La kasbah des Oudayas extra-muros
La kasbah des Oudayas extra-muros

Un village aux airs des Cyclades

On s’engouffre dans les entrailles de la Kasbah des Oudayas en suivant le vent qui s’immisce sans compromis à travers le dédale de ses ruelles enchanteresses. Les murs des maisons, recouverts de chaux racontent non plus les grandes mais les petites histoires, celles du voisinage, des enfants et des familles qui ont fait des rues de la Kasbah des Oudayas leur quartier.

Pas de boutiques à outrance ici, à peine deux ou trois échoppes, un marchand de jus d’orange et une poignée de galeries d’art. Les gamins du quartier vont et viennent librement conférant à leurs ruelles une pulsation de vie spontanée, un souffle léger et familier. Il y a aussi quelques anciens qui bavardent ou vaquent à leurs occupations en regardant passer le temps et les passants. Et puis il y a les chats impassibles qui veillent avec flegme sur les pavés baignés de soleil.

Le Street-Art Rock la kasbah des Oudayas
Le street-Art rock la kasbah des Oudayas

Les camaïeux de bleus dilatent instantanément les pupilles, appelant les curieux vers les chemins de traverse qui oscillent autour de la rue principale, la rue Jemaa - rue de la mosquée - qui abrite le plus vieil édifice religieux de la ville. Le bleu, véritable fil rouge de la visite, nous poursuit inlassablement. Le blanc nimbé de lumière flirte avec l’irréel et enchante les viseurs des Reflex numériques.

Immergé dans ce décor aux airs de Cyclades, on se hasarde joyeusement dans les ruelles fleuries au grès des envies et des détails qui attirent l’œil. Une rencontre improvisée, un fer forgé, une poignée de porte : tout est prétexte à musarder sans se presser.

Et l’impression de pénétrer dans un lieu de vie intime et confidentiel ajoute à la découverte historique du site. On rebrousse parfois les chemins semés d’impasses mais cela n’a aucune importante. Car ici, le rapport au temps est serein, léger, aérien. Il invite à prendre racine.

Kasbah des Oudayas - De bleu et de blanc
Kasbah des Oudayas - De bleu et de blanc

Une longue histoire

Édifiée entre le XIème et le XIIème siècle sur des vestiges romains, la Kasbah des Oudayas était à l’origine un ouvrage militaire, dit Ribat – citadelle - voulu par les sultans Almoravides puis restaurée par les Almohades.

Son fort servit de base aux moines-soldats qui, du temps ou les Arabes étaient maîtres de Grenade, partaient en guerre sainte contre les chrétiens de la péninsule ibérique. C’est le Ribat, appelé un temps Ribat el Fath - le fort de la victoire - qui donna son nom à la future capitale du Royaume Chérifien : Rabat.

Au début du XVIIème siècle, Philippe III d’Espagne expulse près d’un million d’Andalous et de Morisques. Une partie de ces réfugiés, originaire de la cité castillane d’Hornachos en Extremadure trouve refuge dans la kasbah, ce sont les Hornacheros. Ces nouveaux venus fondent Salé le Neuf puis la légendaire République Indépendante du Bou Regreg, organisée en une puissante flotte pirate. Ces salétins semaient la terreur sur les mer des Cornouailles, de l’Angleterre et même de l'Islande. Les captifs chrétiens y étaient ramenés puis revendus comme esclaves au marché de Rabat.

Au XVIIIème siècle, la tribu des Oudayas, chassée de Fès échoue dans les murs d'une kasbah désertée par les rivalités internes et l'essor de la diplomatie. Chargés de surveiller la ville, ils rebaptisent l’endroit - Kasbah des Oudayas.

Le village résidentiel visible de nos jours date du XIXème siècle. On peine à croire que cet endroit, le plus paisible de la capitale, ait connut les batailles, l’insécurité et la guerre.

Shkoun les Oudayas (Qui sont les Oudayas ) ?

Tribu nomade, originaire du Sahara, les Oudayas ont été recrutés par le sultan Moulay Ismaïl pour renforcer sa Garde Royale. Mais leur caractère indiscipliné et leur goût pour les exactions et le pillage attira les foudres du Sultan Alaouite Moulay Abdrerahman qui arrêta manu militari leur caïd avant d’expulser ses sujets aux quatre coins du Royaume. Une partie d'entre eux échouera dans l'enceinte de la Kasbah qui portera leur nom.

Des points de chute incontournables

Les chemins de la kasbah dirigent les pas des curieux vers trois points de chute incontournables. Ne les cherchez pas… Tous les chemins y mènent !

Point de chute incontournable n°1 : la plateforme de l’ancien Sémaphore, loti au bout de la rue Jemaa, tout au nord de la Kasbah. S’il y a bien un endroit ou passer son appareil photo en mode panoramique : c’est ici !

La vue depuis la plateforme du Sémaphore
La vue depuis la plateforme du Sémaphore

Point de chute incontournable n°2 : le mythique Café Maure et ses terrasses panoramiques qui dominent l’estuaire du fleuve Bou Regreg. On s’installe sur ses nattes tressées. On laisse son regard flirter avec l’horizon. Puis on déguste un thé à menthe sous le regard béat des chats qui s’étirent stoïquement face au spectacle hypnotique du panorama.

Le mythique Café Maure de la Kasbah des Oudayas
Le mythique Café Maure de la Kasbah des Oudayas

Point de chute incontournable n°3 : le jardin andalou, voulu en son temps par Lyautey. Allées ombragées, senteurs de jasmin et amoureux transis composent l’endroit où il fait bon se délecter du chant des oiseaux. Il est à noter que le jardin andalou abrite le Musée National des Bijoux dans un pavillon qui a pour cadre une ancienne résidence du sultan Moulay Ismaïl.

Le jardin andalou de la Kasbah des Oudayas
Le jardin andalou de la Kasbah des Oudayas

Pourquoi l’aime-t-on ?

Parce que, enclavée dans ses remparts, elle offre un refuge, comme une bulle de vie perchée à l’orée de l’Océan. Parce-que, posé sur sa sentinelle, on se prend à formuler des injonctions au temps « ô, temps, suspends ton envol ». Parce-que l’air y insuffle comme un appel à la détente. Parce quun musicien gnawa y diffuse des sonorités hypnotiques. Parce-que par les chaudes journées d’été, ces rues sont fraîches. Parce-que les rencontres y sont légion. Parce-que les habitants du quartier ne l’ont pas déserté. Parce-que l’agitation du monde ne semble pas y avoir prise. Parce-que son esthétisme donne des envies de se prendre pour un artiste. Parce-que les musiciens y accordent souvent leurs guitares dans les allées du jardin andalou. Parce-que les enfants y courent, éclaboussant de vie. Parce-qu’il fait bon y musarder en toute insouciance entre deux rives, entre deux rêves…Assurément, la Kasbah des Oudayas est l’un des plus beaux endroits de la capitale et du Maroc !

Balade dans la Kasbah des Oudayas
Balade dans la Kasbah des Oudayas

 

Y aller

A l’extrême nord-ouest de la ville, la kasbah des Oudayas jouxte la Médina de Rabat et la fameuse rue des Consuls qui lui fait face.
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné