Mogador, j’adore !

Dressée face aux flots bleus de l’Atlantique, Essaouira s’impose comme une thérapie redoutable face à la morosité ambiante… Le vent souffle ici une douce injonction à embrasser le tempo d’une vie cadencée non plus par l’heure de la montre mais bien par le rythme du va et viens des marées… Entre nature, culture, detox et sports de glisse, Essaouira : et ça ira très bien !

L’appel de la cité des alizés

Un bol d’air frais, un parfum d’alizé, un vent de sérénité… Voilà les premières impressions que l’on ressent lorsque l’on foule pour la première fois Essaouira en arrivant par la route de Marrakech. Au terme d’une route semi-désertique, écrasée de soleil, le ruban d’asphalte s’enfonce vers une presqu’île où surgit Essaouira, l’ancienne Mogador et son monde intemporel, posé comme une évidence dans le collimateur des embruns océaniques. On pourrait croire à un mirage tant le contraste de température est saisissant. Lorsque le thermomètre de Marrakech affiche 40°, celui d’Essaouira se hasarde à peine à 25°. Principal coupable ? Le taros (le vent), ce « fils du pays » qui fait le bonheur des kite-surfeurs et autres véliplanchistes en quête de sensations ébouriffantes. Bercés par son souffle, mêlé à l’expression volubile des éléments, on sent les moindres cellules de son corps envahies d’un vent profond de sérénité.

Le vent (toujours lui) nous invite à prendre refuge à l’abri des remparts battus par les flots de la grande bleue. On s’étonne alors d’apprendre qu’Essaouira est peuplée de 80 000 âmes. On aurait parié sur 10 000 ou 20 000 habitants au vu de l’atmosphère de village tranquille qui règne dans les ruelles de la médina. Ces remparts, qui protégeaient jadis la ville des envahisseurs la préservent aujourd’hui d’un autre type de nuisances, plus sournoises et contemporaines ; celles des temps modernes, de l’hyperconsommation et du stress qui peinent à trouver leur place ici. Cela explique en grande partie pourquoi de nombreux artistes ont élus domicile à Essaouira. Immergé dans cette bulle d’essentiel, ils ont tous le loisir de plonger dans les tréfonds de leurs âmes pour y puiser l’inspiration et témoigner de l’invisible.

Rendu sur les fortifications de la Sqala de la Kasbah, on est catapulté au nord de la Bretagne. La blancheur des murs de la médina, les minarets et l’absence de grisaille sont là pour nous confirmer que nous sommes bien à Essaouira et non à Saint-Malo, son alter-égo bretonne à qui elle ressemble étrangement. Suspendus au-dessus de la mer, on oublie les problématiques de temps. Les goélands planent au-dessus de nos têtes. L’écume des vagues jaillit avec éclat. Les mouettes accordent leurs chants aux mélopées du muezzin. Les pensées se perdent, s’envolent, se diluent dans le firmament azuré de l’horizon infini. À croire que le vent les a balayées. Le cœur ouvert, étourdi de beauté, ivre de rencontres, on savoure la Dolce Vita marocaine à plein poumons. What else ? Un petit-thé à la menthe peut-être ?

D'une sqala à l'autre à Essaouira
D'une sqala à l'autre à Essaouira

Essaouira à travers l’histoire

C’est une ville à la croisée des cultures antiques, portugaises, berbères, arabes, africaines, juives et européennes dont l’histoire remonte au temps des Phéniciens. Ses îles abritèrent jadis des ateliers de production de pourpre, un colorant naturel et précieux issu de l’exploitation du murex. C’est Juba II, roi de Maurétanie et bâtisseur de Volubilis qui initia l’industrie de la pourpre à Essaouira. Apprécié des notables romains en raison de son symbole de rang social élevé, la teinture fit la renommée de la cité jusqu’à la fin de l’Empire Romain.

En 1506, Essaouira devient le siège d’une forteresse portugaise baptisée Mogdura – Mogador, en français -  déformation probable de Sidi Mogdoul, le saint patron de la ville. Elle passe ensuite aux mains des Sâadiens avant de passer sous contrôle Alaouite.

La ville actuelle date du 1765. Elle correspond au vœu du sultan Alaouite Sidi Mohamed Ben Abdallah qui voulait faire de l’ancienne cité portugaise un comptoir commercial ouvert sur le monde. Pour réaliser son rêve de pierre, il confie les plans de la cité à Théodore Cornut. L’architecte français, fervent admirateur de Vauban, signe notamment la fameuse Sqala de la Kasbah. Avec son plan régulier en damier, unique au Maroc, Essaouira méritait bien son nom, toujours actuel d’Es Swira – Essaouira - qui signifie « la bien dessinée ».

Par la suite, la cité joua un rôle commercial de premier plan. Des caravanes venues d’Afrique y transitaient, chargées d’or, d’épices, de tissus, de sucres et aussi d’esclaves. Le commerce florissait à tel point qu’on surnommait Essaouira le « port de Tombouctou ». Essaouira fut aussi le foyer d’une importante communauté juive qui dépassa un temps le nombre de ses habitants musulmans. Berbères, Arabes, Africains, Juifs et Chrétiens se sont longtemps partagé la cité, conférant à Essaouira une identité à la fois plurielle et unique, qui fait toujours son charme aujourd’hui, et ce, en dépit du départ des communautés juives contraintes à l’exil suite aux événements de la guerre des Six jours (1967).

Le protectorat français marqua le déclin d’Essaouira, concurrencée par l’éclosion d’autres ports aux eaux plus profondes comme Casablanca, Tanger ou Agadir. Dans les années 60, Essaouira aimantait les communautés hippies qui marchaient sur les pas de Jimi Hendrix et de Cat Stevens. Depuis les années 90, la cité des Alizés renaît grâce au tourisme, à ses festivals culturels et à sa vie artistique florissante. En 2001, elle rejoint le rang des villes classées au patrimoine mondiale de l'UNESCOToujours fidèle à la tradition de la pêche, la perle de l’Atlantique a conservé son âme intacte. Puisse-t-elle la conserver à jamais !

Poignée de porte dans la médina d'Essaouira
Poignée de porte dans la médina d'Essaouira

On y va pour…

  • Prendre le pouls de la cité au port de pêche: barques bleues outre-mer, retour des pêcheurs, vente à la criée, envolées de mouettes, construction des chalutiers : du grand spectacle 100% authentique (y aller en fin de matinée !).
  • Rêver sur la Sqala de la kasbah : sa longue esplanade fortifiée égrainée de canons pointés vers la mer est le repaire des jeunes Marocains, des doux rêveurs et des voyageurs en quête d’instants à immortaliser.
  • Flâner sans but précis dans la médina : ruelles blanches et bleues, terrasses de café, charme arty et contacts faciles… Tous les chemins y mènent et y ramènent.
  • Rencontrer les artistes swiris (le nom des habitants d’Essaouira) : ils sont peintres, sculpteurs, calligraphes ou tisserands et ils exposent leurs créations dans les galeries d’art d’Essaouira ; l’occasion de les rencontrer !
  • Dénicher de belles pièces au parfum délicat du bois de thuya : les ateliers des artisans marqueteurs et ébénistes sont installés dans les anciens entrepôts de munitions, en contrebas de la Sqala mais aussi ailleurs dans la médina.
  • Faire un tour aux souks : de l’avenue Zerktouni à la rue Sidi Mohammed Ben Abdallah en passant par la place du marché aux grains : fruits, légumes, poissons, viande, tissus, babouches, bijoux et instruments de musique sont prétextes à des scènes de vie hautement colorées.
  • Se délecter d’une sardinade : mode d’emploi : choisir ses sardines à la halle aux poissons puis les confier à un « grilleur de sardines ». Une pincée de sel, un filet de jus de citron, un morceau de pain, quelques olives marinées et voilà que vous vous régalez armés de vos dix doigts !
Marché aux poissons dans la médina d'Essaouira
Marché aux poissons dans la médina d'Essaouira
  • S’offrir un tête-à-tête avec l’océan : de près, en chevauchant les vagues en kite-surf, en windsurf ou en flysurf ou de loin, en randonnant à travers les dunes ou le long des dix kilomètres de plage.
  • Parfaire sa culture de la ville en visitant le musée Sidi Mohammed Ben Abdellah : bijoux, manuscrits, objets en bois marqueté, instruments de musique, costumes… tout y est pour devenir incollable sur les arts et les traditions populaires de la région d’Essaouira.
  • Mettre sa vie entre parenthèses : dans un hammam, un spa ou à la thalasso : vibrer à l’unisson du bien-être sensoriel.
  • Explorer le Mellah, l’ancien quartier juif : ou ce qu’il en reste, soit une synagogue et des immeubles en ruine… Décadence !
  • Assister à une lila (veillée musicale gnawa à vocation thérapeutique et spirituelle) : et exorciser ses démons intérieurs à grand coup de fumées d’encens, de rythmes frénétiques et de transes endiablées (expérience réservée aux voyageurs aguerris).
  • Randonner à dos de cheval… ou de dromadaire : sur les sables de Diabat, de Sidi Kaouki ou dans les forêts d’arganiers de l’arrière-pays.
  • Passer derrière les fourneaux : pour percer les secrets des mets et merveilles de la gastronomie marocaine lors d’un atelier de cuisine.
  • Faire un pèlerinage au festival Gnaoua : le Woodstock marocain aimante des pèlerins de tous horizons chaque année au mois de juin…
  • Célébrer le métissage musical lors du festival des Andalousies Atlantiques : Une belle façon de voyager aux quatre coins de la Méditerranée en direct de la Cité des alizés. En octobre.
  • Vibrer aux sons du Moga Festival : 3 jours de rencontres, de vibrations électroniques et d’expériences digitales artistiques dans le décor de la série Game of Thrones. Le dernier né des festivals d’Essaouira vous donne rendez-vous en octobre.
 
  • Infos pratiques

  • Y aller : 
  • Depuis Marrakech : 186 km (compter 2h50 de route).
  • Depuis Agadir : 173 km (compter 3h de route).
  • Depuis Paris : 3h30 de vol.
  • Essaouira fait l’objet d’une belle étape lors d’un itinéraire dans le sud marocain ou le long de la côte. Elle peut être aussi le prétexte à un séjour en immersion.
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© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné