Moroccan tea-time

Qui ne connaît pas le thé à la menthe, cette succulente concoction à base de thé vert infusé, de menthe et de sucre ? Boisson nationale du Royaume par excellence, le thé est préparé et offert en partage à toute heure de la journée. Laissez-vous "envou-thé" sans attendre par son subtil équilibre de douceur et de fraîcheur. Dégustation.

Boisson nationale du Maroc par excellence

Le thé est un élément central de l’identité culturelle du Maroc… Au petit déjeuner, à la collation, pendant le repas, après le repas et même à l'heure de l'apéro (ou il devient whisky berbère), le thé est consommé et/ou proposé à toute heure de la journée… au risque (parfois) de boire plus de thé que de raison… 

Une réunion de famille, la signature d’un contrat, une rencontre fortuite : le thé est là ! Un trek dans le désert, un achat au souk, une festivité grandiose : il est encore là ! Le doux et rafraîchissant breuvage, star des terrasses de cafés et des tables marocaines fait pâlir de jalousie ses concurrents que sont le café (qawa) et le noss-noss (1/2 café, 1/2 lait). Perdez-vous au fin fond du désert, de la palmeraie, de l’oasis ou de l’Atlas : vous trouverez toujours une âme disposant de tout le nécessaire pour préparer un thé. Prélude à toute conversation, atây (le petit nom marocain du thé) est bien plus qu’une boisson chaude : une expression culturelle, une marque d’hospitalité, un art de vivre.

Vocabulaire et prononciation

Atây = thé / prononcer le « t » façon th anglais avec l’accent indien.
Na3-na3 = feuilles de menthe / le « 3 » est un « a » très guttural façon bêlement du mouton.

Le thé marocain à travers l’histoire

On pourrait penser que le thé, à l’image des œuvres d’art du royaume a une histoire ancestrale… Et bien que nini. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le thé n’a gagné le cœur des Marocains qu’au XIXe siècle. Et oui, à l'instar du vin bordelais impulsé par… les anglais (n’en déplaise à l’orgueil national français), le thé est arrivé au Maroc… par ces mêmes Anglais.

Pendant le règne de Moulay Ismail, le thé était l’un des cadeaux d’usage que les ambassadeurs européens offraient aux sultans, aux nantis et aux notables. Mais son doux et succulent parfum ne franchissait pas encore les murs du palais royal. Il fallut attendre 1854 pour que le thé parvienne à gagner les classes populaires du Royaume. Cette fois, le thé n’arriva pas par les « valises diplomatiques » mais bien dans les cales des marchands britanniques. Confrontés à la perte du marché slave suite à la guerre de Crimée, les navires de la compagnie des Indes Orientales cherchaient à épuiser leurs stocks. Les ports de  de Tanger et de Mogador (Essaouira), facilement accessibles par le détroit de Gibraltar furent alors désignés comme nouvelles escales commerciales. En remplaçant les infusions à base de plante et le vin prohibé par la religion, le thé vert connut un succès immédiat. Aromatisé avec de la menthe, il ne tarda pas à rassembler tout le monde : riches, pauvres, citadins, paysans, nantis, nomades : tous l’adoptèrent… Si bien qu’en moins d’un demi-siècle, les comptoirs de Tanger et d’Essaouira devinrent une plaque tournante du commerce du thé que les nomades du sud contribuèrent à diffuser jusqu’en Afrique de l’Ouest.

Wahed atay b na3 na3 3fak (un thé à la menthe s'il vous plaît) !
Wahed atay b na3 na3 3fak (un thé à la menthe s'il vous plaît) !

Composition et modes de préparation

Si le thé n'est pas d'origine marocaine, mais bien chinoise, la façon de le déguster, elle, est 100% marocaine. Les 3 ingrédients de base du thé marocain sont :

  • Le thé vert, dont l’essentiel (90%) provient…. de Chine (dont le Maroc est le principal importateur) !
  • Le sucre, consommé non pas en morceaux mais en morceaux… de pain de sucre (facilement identifiable à sa forme conique).
  • La menthe fraîche qui est parfois remplacée par l’absinthe (chibah) notamment durant les mois d’hiver
  • L’eau chaude.

Il est à noter que d’autres plantes aromatiques de saison rentrent parfois dans sa composition. Citons notamment le thym, l’anis, la sauge, la marjolaine, les pétales de fleur d’oranger, voir le safran (dans la région de Taliouine). Si la composition du thé marocain est quasi immuable, les rituels, les dosages et les modes de préparations, eux varient en fonction des régions, des saisons et des familles.

Plutôt corsé dans les provinces du sud, le thé se déguste volontiers sucré dans le nord du pays. Dans le Sahara, il se mêle à la beauté du geste et à la symbolique du lieu, évoquant une époque où l’on pouvait mourir dans le désert. Dégusté sous la tente, on en apprécie que davantage son cérémoniel. Dans les montagnes, on y adjoint volontiers des herbes aromatiques endémiques de l'Atlas dont seuls les berbères (voir quelques herboristes de la médina… et encore) ont le secret.

En tout lieu, le rituel est le même : mettre à bouillir de l’eau et y adjoindre le thé vert, les feuilles de menthe et le sucre. Le breuvage est ensuite mélangé au cours de plusieurs allers retours entre la théière et les verres.

Il n’est pas encore à votre goût ? Transvasez le contenu du verre dans la théière et c’est reparti pour un tour ! Signe indubitable qu’il est réussi : le turban de mousse qui se forme à la surface du thé. Si ce turban reste lorsque vous descendez votre verre de thé, alors vous pouvez en reprendre un verre : il est juste parfait !

Un verre ça va, trois verres : bonjour le diabète…
Le thé vert est connu pour ses vertus toniques et digestives… sauf que, ajouté à une forte quantité de sucre (et de délicieuses mignardises marocaines) il a tendance à faire monter la glycémie. Les diabétiques le préféreront sans sucre ou demanderont le sucre à part.
Un thé au Sahara... ou dans l'Atlas comme ici.
Un thé au Sahara... ou dans l'Atlas comme ici.

 

© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné