Mythique détroit de Gibraltar

Terre de confins célébrant la rencontre de 2 mers et de 2 continents, le détroit de Gibraltar a nourri, de longues années durant les légendes de l'antiquité. Des Colonnes d’Hercule à l’île engloutie de l’Atlantide, retour sur les mythes qui hantent le détroit de Gibraltar…

Les colonnes d’Hercule

Durant l’antiquité, l’étroit détroit de Gibraltar qui sépare l'Atlantique de la Méditérannée répondait au nom de Colonnes d’Hercule (Héraclès chez les grecs). Les anciens voyaient dans ce bras de mer une création du héros antique venu s’aventurer dans le détroit de Gibraltar lors de ses douze travaux. Sommé de ramener les bœufs de Géryon à Eurysthée, il gagne les mystérieuses terres de l’ouest. Serait-ce durant son combat titanesque avec Antée ou lors de sa recherche des pommes d’or au jardin des Hespérides que le héros fendit le détroit en deux ? Les interprétations divergent...

Selon certaines traditions, Héraclès, arrivé dans les terres de l’extrême-occident, se vit défié par Antée, le maître des lieux qui n’est autre que le fils de Gaïa (la Terre) et de Poséidon (la Mer). Pour vaincre le géant, le fils de Zeus souleva le titan afin de l’empêcher de se nourrir de la force du contact avec Gaïa, sa mère. Durant le combat endiablé, il sépara les monts Calpé (actuelle Gibraltar sur la rive européenne du détroit) et Abyla (actuel Jbel Moussa sur la rive africaine du détroit) jadis unis dans un seul et même roc. Cette brèche taillée dans la montagne eut pour effet de connecter l’Océan Atlantique et la mer Méditerranée.

Du mythe à la réalité… géologique !

Les lois de la géologie et de la tectonique des plaques accréditent (d'une certaine façon) le mythe du geste herculéen. Vestige d’un grand lac salé isolé de l’Océan Atlantique par la jonction des continents africains et européens, la Mer Méditerranée se serait formée il y a 6 millions d’années environ sous l’effet de l’écartement des plaques tectoniques au niveau du détroit de Gibraltar. Après un violent séisme, d’énormes masses d’eau, jusque-là arrêtées par les montagnes qui reliaient le Rif à la chaîne Bétique, se seraient infiltrées par le détroit de Gibraltar pour pénétrer brutalement dans la « cuvette » du bassin Méditerranéen. Cet épisode de l’histoire de la géologie du détroit de Gibraltar nous rappelle que les forces de la nature sont herculéennes... et ce n'est pas un mythe !

Détroit de tous les dangers aux confins du monde antique

Longtemps, les anciens qui naviguaient d’est en ouest craignaient de s’aventurer dans les eaux mouvementées du détroit de Gibraltar. Dans la pensée grecque, les océans délimitaient les frontières du monde… et plus exactement de leur monde qui s’étendait grosso modo de l’Inde au Maroc. Les Colonnes d’Hercule, loties aux confins de l'extrême-occident marquaient la fin de ce monde dit « connu ». Véritable Non plus ultra (pas au delà), elles revêtaient d’une grande importance symbolique. Quiconque franchissait ces portes commettait l’imprudence de naviguer dans la « Mer des ténèbres » qui n’était autre que le grand océan Atlantique que nous connaissons aujourd’hui. Dans cet horizon redouté des navigateurs de la Mare Nostrum, seuls gisaient les jardins des Hespérides et l’île de l’Atlantide décrite plus tard par Platon. Pour le carthaginois Hannon et les Phéniciens, les convoitises commerciales étaient plus fortes que la peur de l'inconnu, aussi furent ils les premiers navigateurs à s'aventurer au-delà des colonnes d'Hercule.

Aujourd’hui encore, en approchant le site par la mer, on est saisi par les 2 monolithes de calcaires qui dressent leurs parois verticales de part et d’autre du détroit. La dangerosité des vents et des courants expliquent probablement la permanence des mythes et des légendes rattachés au détroit de Gibraltar. Si les marins grecs et romains le redoutaient, les navigateurs du XXIe siècle n’en mènent pas large non plus. Et pour cause, ce passage, qui couvre de nos jours un couloir d’à peine 50 km de long exige une vigilance de tous les instants. Les courants capricieux nés de la rencontre des eaux et des contrastes thermiques rendent la navigation difficile et les prévisions météorologiques aléatoires.

Aux difficultés d’une climatologie variable s’ajoute l’intense trafic qui fait du détroit de Gibraltar la deuxième voie maritime la plus empruntée après la Manche.  Cargos de gros tonnage, porte-conteneurs et ferries se mêlent aux sillages des voiliers et des chalutiers pour faire du détroit de Gibraltar un passage maritime particulièrement sportif. Et on ne vous parle pas ici des courses poursuites entre les navettes de la police et les go fast des narcotrafiquants... Et encore moins des pateras* de la mort ou ceux que l’on appelle les « brûleurs de papier » se brûlent les ailes.

* Clandestins (harragas en arabe).

Vents sur le détroit

Le détroit de Gibraltar, lieu d’union de la mer Méditerranée et de l’Océan Atlantique présente une barrière typographique montagneuse où aiment à s’engouffrer les vents. Parmi ceux-ci, on distingue deux directions principales :
- Le vent d’Est (appelé Levante côté espagnol et Chergui côté marocain) souffle principalement de mai à octobre. S’il souffle trop, les bateaux restent amarrés au port.
- Le vent d’Ouest (appelé Poniente côté espagnol et Gharbi côté marocain) est un vent humide qui vient de l’Atlantique. Il peut souffler toute l’année.

L’Atlantide retrouvée... dans le détroit de Gibraltar ?

L’Atlantide, un des mythes les plus fascinants de tous les temps a fait l’objet des spéculations historiques et ésotériques les plus diverses. Rapporté des prêtres égyptiens par le sage grec Solon avant d’être relaté par Platon, le mythe de l’Atlantide a traversé l’histoire. Si bien que depuis le moyen âge, il ne cesse d’enflammer les imaginaires et de nourrir les arts, le cinéma et la littérature fantastique. Alors que de nombreux chercheurs courent encore à sa poursuite, le mystère auréolant l’île engloutie de Platon demeure entier. L’Atlantide recèle-t-elle un fond de vérité ? Et si oui, comment a-t-elle sombré et où se trouvait-elle précisément ? Si nul ne peut répondre à ces questions avec certitude, le doute plane toujours au large du détroit de Gibraltar

Selon les dialogues du Timée et du Critias (IVe siècle avant notre ère), c’est précisément « devant les colonnes d’Hercule », que Platon situe le royaume des Atlantes. "De cette île, on pouvait alors passer dans les autres îles et de celles-ci gagner tout le continent qui s'étend en face d'elles et borde cette véritable mer", relatait Platon. Les Atlantes vivaient dans un pays de cocagne fertile et prospère, décrit par le philosophe comme un véritable paradis terrestre. Leur civilisation vivait un bonheur parfait fondé sur les valeurs de la vertu et de la modération. Mais au fil des siècles, la félicité originelle des Atlantes fut corrompue par leurs désirs de pouvoir et de domination et l’essence divine des Atlantes céda la place à la laideur morale. Coupables d’orgueil, la civilisation Atlante, décrite comme sophistiquée et avancée s’attira les foudres de Zeus. En moins d’un jour et d’une nuit, un séisme doublé d’un tsunami d’une ampleur exceptionnelle balaya de la carte l’Atlantide. Le philosophe grec dépeint le cataclysme vécu par les Atlantes avec violence. Partant du scénario de cette catastrophe naturelle, il développe une utopie de cité idéale. Récit purement politique et philosophique ? Le philosophe jure que tout est réel. Et des faits géologiques scientifiquement avérés pourraient (en partie) lui donner raison….

Le dernier rapport en date, développé par le géologue Jacques Collina-Girard situe l’île de Platon au large du cap Spartel. Les cartes des reliefs sous-marins attestent en effet qu’une « Atlantide géologique » gît bien au large du détroit du Gibraltar. Englouti durant la période supposée de la tragédie (soit 9500 ans avant notre ère), cet archipel dont l’île principale mesure 14 km de long et 4 km de large témoignerait d’un effondrement brutal lié aux effets du réchauffement climatique qui a mis fin à la dernière glaciation. Tsunami, tremblement de terre et montée des eaux auraient entraînés les 7 îles de l’archipel dans les abysses océaniques modifiant au passage les paysages du détroit. S’agissait-il de l’Atlantide ? Rien n’est si sûr… Certaines études objectent que les dimensions de l’archipel englouti au large du cap Spartel ne correspondent pas avec la description du "continent" faite par Platon. D’autres rétorquent que le vocable et les systèmes de conversion de l’époque ne sont pas ceux d’aujourd’hui. D’autres prétendent enfin que les îles du Cap Spartel ne seraient que des morceaux d’une Atlantide gisant quelque part au milieu de l’Océan Atlantique.

En attendant, s’il y a bien une chose dont nous sommes sur, c’est que le mythe de l'Atlantide demeure entier…

Rêves d'Atlantide sur le détroit de Gibraltar
Rêves d'Atlantide sur le détroit de Gibraltar
© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné