Négocier dans les souks : les 6 règles d’or

Que l’on adore ou que l’on déteste le marchandage, impossible d’y échapper sous peine de faire l’impasse sur les plus belles pièces de l’artisanat marocain. Pour éviter que votre séjour à Marrakech ne tourne à l’« arnakech », on vous livre quelques astuces d’experts dans l’art de négocier dans les souks au Maroc.
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Un repérage tu feras

Un p’tit tour préalable de repérage dans les souks vous donnera une idée sur les prix pratiqués, les produits proposés et le jargon employé par les commerçants. Il vous permettra aussi de vous familiariser avec les différents quartiers de la médina. Faites mine de flâner dans les souks l’air de rien « juste pour le plaisir de yeux » et profitez-en pour jouer au jeu du « juste prix » en engageant de brèves conversations avec les commerçants.

Complétez le repérage in situ par vos propres recherches. Amis marocains, Google, lectures de guides, petit tour à la coopérative artisanale qui affiche des prix fixes et rencontres avec les greeters Comptoir des voyages du Maroc vous aideront à estimer avec plus de précision la valeur commerciale d’un tapis berbère, d’une paire de babouche ou d’une djellaba…

Le dress code du parfait négociateur

Évitez de faire étalage de vos « signes ostentatoires de richesse » lorsque vous négociez dans les souks. Appareil photo digital dernier cri et polo griffé d’un authentique (et vrai) crocodile resteront à l’hôtel. N’oubliez pas que le bazariste marocain est (aussi) physionomiste !

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Le sourire tu garderas

Plus l’ambiance est détendue, plus cela joue en faveur de la négociation. Quand on négocie dans les souks, on échange, on bavasse, on discute, on blague et on débat… dans la joie et dans la bonne humeur. Le marchand marocain l’a bien compris et n’hésite (souvent) pas à forcer le trait et l’accent, blagues marocaines à l’appui.

Inverser les rôles peut s’avérer payant. À vous de jouer la carte de l’empathie ! Faites parler le commerçant de son affaire, de sa ville, de sa famille : tout est prétexte à créer de la connivence avec le vendeur. L’idée est de lui montrer que vous n’êtes pas un touriste lambda mais un voyageur sympa… Insérer quelques mots de darija dans la conversation peut également vous aider à instaurer un climat propice aux bonnes affaires. Gare cependant à ne pas en faire trop.  Le sourire ne doit pas effacer... votre plus beau regard de requin !

Oubliez « Jamais sans mon guide »…

Rabatteurs et guides (officiels ou non) négocient (souvent) des commissions dans les boutiques du souk ce qui a pour effet de faire augmenter les prix. Je ne saurais donc que trop vous conseiller de faire vos emplettes dans les souks sans guide, sans chauffeur et sans rabatteur.

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L'indifférence tu feindras

« OMG il est trop beau ! » « J’addoooooore » « Il est juste parfait » « Wouah » « Je le veux »... Halte aux élans émotionnels ! Vous ne voulez pas que le prix de l’objet de vos convoitises s’envole ? Alors non, vous n’êtes pas intéressé par ce tapis boucherouite, ce coffre en bois de thuya ne vous impressionne pas (vous avez le même à la maison !) et puis de toute façon vous n’avez droit qu’à 10 kg dans votre bagage à main soit le maximum autorisé par votre compagnie low cost (appuyez bien sur le LOW de low cost) !

Vous avez repéré (du coin de l’œil) LE bracelet qu’il vous faut ? Posez vos yeux sur l’ensemble des bracelets présentés et demandez, sans conviction, le prix de quelques objets examinés de sorte que l’objet de vos convoitise n’ait pas l’air d’avoir plus d’importance à vos yeux que les autres items de la boutique. Si le vendeur repère votre intérêt pour le bracelet de vos rêves, vous êtes foutus… Alors ne laissez rien transparaître et brouillez les pistes autant que possible et ce, tout au long de la transaction !

Pensez à faire la monnaie avant de négocier dans les souks

Dans les souks : le liquide est roi. Pensez donc à faire la monnaie avant de marchander. Les petites coupures éviteront au vendeur de se sentir floué face au gros billet qui conclura une petite (et longue) transaction. Et puis cela permettra (éventuellement) aux experts aguerris du marchandage de recourir à la technique du « C'est tout ce que j'ai ! » ; « Shouf (regarde) : j’ai 200 dirhams, je dois garder 30 dirhams pour le taxi il me reste 170 dirhams, c’est tout ce que j’ai ».

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Jamais un prix tu ne donneras

Combien vaut cette lampe marocaine pour vous ? Combien êtes-vous prêt à mettre pour vous procurer cette paire de babouches ? Au-delà de quel prix le consensus est-il impossible ? Répondre à ces questions vous permet d’établir votre seuil tarifaire et donc le prix que vous ne devez jamais perdre de vue tout au long de la transaction. Ne lâchez-rien !

N’annoncez jamais le prix en premier et ce même si le commerçant vous demande combien vous seriez prêt à mettre. Demandez plutôt « À combien tu peux me le faire ? », le tout avec l’air et la moue détachée du simple flâneur de passage dans la médina. Quand le marchand annonce son premier prix, vous entrez dans l'arène... 

Diviser les prix par 2, par 3, par 4 ?

La grande majorité des guides de voyage recommandent aux voyageurs de diviser le prix annoncé par le bazariste par 3 ou 4. J’ai pour ma part quelques réserves sur cette technique. En effet, tous les vendeurs marocains n’ont pas pour coutume de multiplier les prix par 3 ou 4. Selon l’humeur du marchand, la tête du client mais aussi la ville de la transaction (touristique ou pas) et la localisation de la boutique dans cette ville (à l'entrée des souks ou au fin fond de la médina), la marge ne sera pas la même. Elle pourra être de 20 %, 30 %, 40 %, 50 %, 200 %. In fine, le meilleur prix est celui que vous vous êtes fixé.

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La comédie tu joueras

Le vendeur va vous expliquer que cette lanterne en fer forgé est réalisée par les meilleurs forgerons de la ville qui ont passé des heures et des heures à travailler sur ce modèle unique qui vaut pas conséquent une fortune… Écoutez-le d’une oreille faussement détachée. Il ne va quand même pas vous amadouer !

À l’annonce du prix du commerçant, reposez l’objet que vous avez dans les mains. Votre visage doit être impassible. Les comédiens rajouteront un ghali bzef ! (c’est cher !). Les diplômés du Cours Florent accompagneront le geste d’un éclat de rire bien sonore ou lanceront une phrase comme « A khoya (mon frère !), tu m’as pris pour Rothschild ou quoi ? ».

Négocier dans les souks : une question d’attitude

Vous l’avez compris, le marchandage est pour beaucoup une question d’attitude. Montrez que vous êtes déterminé et sûr de vous et surtout ne lâchez rien. Au besoin (Re)visionnez la scène mythique du film Itinéraire d’un enfant gâté (Claude Lelouche) quand Belmondo apprend à Richard Anconina à ne jamais avoir l’air étonné (les plus de 40 ans comprendront)…

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Le faux départ tu pratiqueras

Discuter de tout et de rien : de la pluie en Europe, du beau temps au Maroc, de la crise et des prix qui flambent un peu partout dans le monde peut vous aider à obtenir les bonnes grâces du commerçant.

Vous pouvez aussi aller dans le sens du commerçant. Oui, ce tapis est tout à fait merveilleux et vous n’avez aucun doute sur le fait qu’il saura vous envoler comme dans Aladin seulement voilà, vous avez un budget journalier de tant à ne pas dépasser et aujourd’hui il ne vous reste plus que 200 dirhams pour vous offrir ce magnifique tapis alors un petit geste commercial, ça serait vraiment très chouette. D'autant que vous partez dans deux petits jours...

Il ne veut pas baisser le prix ? Remerciez gentiment votre interlocuteur pour son accueil et le temps passé dans sa jolie boutique et feintez le départ… mais pas trop vite ! Il y a de grandes chances pour que le commerçant vous rattrape et cède sur le prix demandé… S’il ne vous rappelle pas, c’est que le prix demandé était réellement à la limite de sa marge commerciale. Tout n'est pas perdu pour autant, vous pourrez toujours repasser si vous ne trouvez pas votre bonheur ailleurs.

Pour finir, ne prenez jamais le marchandage trop au sérieux. N'oubliez pas qu'on parle bien là d’une paire de babouche... et pas de la vente d’une grosse société cotée en bourse !

Marchander en couple : une stratégie (souvent) gagnante !

Marchander en couple peut-être payant. Madame veut acheter. Monsieur n’est pas d’accord. « On n’a plus de place » « On va mettre ça où ? » « On va réfléchir » « On reviendra inch’allah » « On n'est pas d'accord »… Pendant qu'on se chamaille, les prix baissent comme par magie !

© photo principale : Laurie Arnauné © photos article de haut en bas : Laurie Arnauné