Rabat fait le mur

Le street art n’est pas la première chose à laquelle on pense lorsqu’on évoque Rabat. Pourtant, la capitale du Maroc s’est offert une cure de relooking à grand coup de bombes aérosols. C'était à l'occasion du festival Jidar – Toiles de rue, qui a débuté en mai 2015. Rétrospective.

Le festival Jidar

Une fresque signée Dire132 visible avenue Qifah
Une fresque signée Dire132 visible avenue Qifah

C’était l’événement phare du mois de mai 2015. La première édition du festival Jidar – Toiles de Rue a tenu en haleine les amoureux d’art et de transformation urbaine. Durant 10 jours, taggeurs, graffeurs et street artistes, munis de leurs bombes aérosols et de leurs pochoirs, ont eu le privilège de poser leur empreinte sur les parcelles de bétons de la capitale.
L’occasion pour la rue r’batia de découvrir pas moins de 11 œuvres à travers de gigantesques Work In Progress réalisés en live. Organisé par l’association EAC L’Boulvard et la fondation nationale des musées, le festival Jidar a permis de mettre un coup de projecteur sur la scène street art marocaine et internationale, non sans colorer au passage les murs vierges de la cité océane.

Sur les murs…

Une fresque signée Maya Hayuk visible sur l'avenue Al Alaouiyine
Une fresque signée Maya Hayuk visible sur l'avenue Al Alaouiyine

Une créature robotique surgie d’un monde bucolique, un combat animalier, une calligraphie abstraite, un éléphant qui joue les oniriques… Rien n’est trop audacieux pour repeindre les murs de la capitale marocaine.
De l’avenue Hassan II au quartier de l’Agdal en passant par l’avenue des FAR, les murs de Rabat ont été investis par pas moins de 22 artistes animés par un seul but : transformer 11 murs de différents quartiers en toiles de rue. Ont répondu à l’appel les 3 artistes marocains : Simo Mouhim, Rebel Spirit et Kalamour ainsi que plusieurs signatures internationales de renom. Citons notamment Maya Hayuk (USA), Pixel Pancho (Italie), Inti (Chili), Zepha Abadie Hafez (France), Dire 132 (France), Franco Fasoli Aka Jaz (Argentine), CISCO (Espagne) ou Remi Rough (Angleterre). Chacun nous fait voyager dans son univers, là où couleurs, formes et éléments graphiques s’invitent, comme pour mieux nous éloigner des affres de la société urbaine.

Les paraboles et les boîtes aux lettres

Une parabole signée Rebel Spirit visible sur l' esplanade de la bibliothèque Nationale.
Une parabole signée Rebel Spirit visible sur l' esplanade de la bibliothèque Nationale.

Jidar signifie mur en arabe… Mais cela n’empêche pas le festival d’investir des supports alternatifs. Citons les boîtes aux lettres estampillées Poste Maroc. Customisées par l’artiste français C215, ces boîtes jaunes et bleues devraient donner de l’inspiration à vos courriers…
Même parti pris pour l’artiste marocain Rebel Spirit qui s’attaque avec brio aux antennes paraboliques. Sur son installation, plantée sur l’esplanade de la Bibliothèque Nationale de Rabat, on peut d’ailleurs lire "Les paraboles, ces champignons qui pullulent dans notre espace et gagnent chaque jour plus de terrain, pour couvrir nos têtes, comme un voile de métal perché entre ciel et terre. Ils peuvent pourtant et très facilement quitter la sphère de la fatalité urbaine pour devenir un élément d’esthétique et d’inspiration quotidienne. ». Inspirant et tellement juste !

De la rue au musée

Jidar s’invite aussi sur la scène indoor de l'art contemporain marocain. C’est au Musée Mohammed VI d’Art Moderne et contemporain que ça se passe et c’est jusqu’au 31 décembre.
À découvrir ? Les œuvres de 11 street artistes de tous horizons. Simo Mouhim (Maroc), Adrian Falkner (Suisse), Daleast (Chine), Ron English (USA), Maya Hayuk (USA), Miss Van (France), Thomas Canto (France) ou encore Tilt (France) sont de la partie.
Les fresques réalisées par l’artiste français Christian Guémy (alias C215) m’ont particulièrement tapées dans l’œil. Ses femmes africaines aux couleurs de la Poste Marocaine transcendent la condition humaine pour nous parler de beauté…

Boîte aux lettres signée C215 visible à l'expo Main Street du MMVI

Certains puristes diront que le street art vient de la rue et doit retourner à la rue. S’il est vain de les contredire, il est aussi juste de saluer l’initiative de Jidar et sa contribution à poétiser un peu plus les rues de la capitale marocaine.

Le street art à Rabat

Visitez le site de Jidar
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© photos : Laurie Arnauné