Taziri, la magie d’un clair de lune musical

Qu’elle emprunte les chemins de l’Orient, de l’Inde ou des Balkans, la musique de Titi Robin a toujours pour destination l’immuable beauté du monde. Avec Taziri, l’artiste et son compagnon de route Mehdi Nassouli nous emmènent des rives de Méditerranée aux contrées berbères pour célébrer un clair de lune plus lumineux que jamais… Décollage immédiat !

Ces alchimistes de la musique…

Fan de la première heure de Titi Robin, j’ai suivi sa longue discographie et bon nombre de ses concerts. La destination de ses voyages musicaux et les chemins qu’il emprunte pour nous y emmener, tout en douceur, toutes influences mêlées, toutes rythmiques entremêlées ont toujours réveillé en moi des émotions profondes, mêlées d’extase, de frissons et d’oubli.

Car Titi Robin a un don rare. Il peut, d’un simple dialogue musical avec les rencontres qui jalonnent ses voyages, nous emmener loin, très loin, dans ses explorations esthétiques. Avec Gitans (1993), Payo Michto (1997), Rhâki (2002), Ciel de Cuivre (2000) et Les Rives (2009), l’artiste nous fait voyager dans un monde dépourvu de frontières aux côtés de ses compagnons de route : Faiz Ali Faiz, Gulabi Sapera, Hameed Khan, Paco el Lobo et les autres. Dans ce monde-là, on entend les racines de l’Andalousie, des Balkans, de l’Orient, de la Turquie, du Rajasthan et de l’Europe ne former plus qu’un.

Lorsque j’ai appris sa venue à la Villa des Arts de Rabat, c’est tout naturellement que je me suis précipitée sur les premières places du concert. Impossible de rater ça ! Titi Robin, fidèle à sa générosité légendaire, m’a offert en cette nuit de Ramadan un beau cadeau : une migration sonore du pourtour Méditerranéen aux confins du Sahara en compagnie d’un artiste marocain bourré de talents : Mehdi Nassouli. Ces alchimistes de la musique et leurs acolytes Francis Varis et Zé Luis Nascimento nous ont emmenés très loin ce soir-là pour célébrer le clair de lune radamanesque !

Billet d'entrée concert Taziri
Billet d'entrée concert Taziri

Une guitare, un guembri, des percussions, un accordéon….

À voir une guitare, un guembri (guitare gnawa), un bendir (percussion marocaine), un oud, des percussions et un accordéon se partager la scène de la Villa des Arts, il est permis de douter du mélange improbable des genres… Et pourtant, il suffit d’un préambule musical pour réaliser l’alliage parfait des instruments et des cultures musicales pulsé par le quartet Taziri.

À l’origine du projet Taziri, il y eut une rencontre autour d’un verre de thé. C’était à Agadir en 2009. Thierry Robin, l’angevin nomade et Mehdi Nassouli, le jeune Marocain improvisent un dialogue en musique avec d’autres amis musiciens. Et de cette improvisation naît la genèse du projet Taziri, projet discographique et scénique qui signifie « le clair de lune » en berbère

Pour ce nouveau projet, Titi Robin nous emmène faire un tour dans les contrées berbères qui ont vu naître son nouveau compagnon de voyage quelque part entre Agadir et Taroudant. Sourire enjôleur, voix éclatante et visage magnétique, Mehdi Nassouli est un héritier de la grande tradition gnawa. Ce spécialiste du hajhouj a parcouru le Maroc pendant 10 années pour parfaire son initiation auprès des mâalems (maîtres) de Marrakech, de Taroudant, de Safi et d’Essaouira. C’était avant de rencontrer el mâalem Titi Robin !

"Taziri est un blues méditerranéen, tendant un pont musical entre les rives nord et sud de notre mer commune. Taziri renoue avec ces racines qui nous lient. Aux clivages qui voudraient nous diviser, Taziri est fondamentalement rebelle."

Dixit Thierry Robin.

À l’image d’un clair de lune saharien…

À entendre la voix et le groove rythmique du gnawa voyageur se lover dans les cordes du Titi Robin, on comprend que ces deux-là étaient fait pour s’entendre. Les sonorités s’enchaînent, se répondent et se mêlent dans une alchimie complice et parfaite.

Comme un clair de lune saharien, Taziri rassemble, tantôt dans l’introspection instrumentale, tantôt dans l’improvisation festive. Et l’alternance de crescendo, de decrescendo, de douceur et d’envolées rythmique embrase immuablement le feu d’une transe vibrante et enivrante.

La Femme idéale, De Machreq à Maghreb, ou «Diplomé mettent en lumière la voix suave et envoûtante de Mehdi Nassouli. Le public est définitivement sur orbite.

Flamenhijaz décolle les oreilles, Ne t’envole pas nous envole bien et l’Ounassa (suivi de son rappel) prend des accents de grandes fêtes populaires. Le public, en allégresse, ivre de sons et de poésie, valse autour du grand feu musical. Le clair de lune est plus sonore et lumineux que jamais !

C’est empli d’une énergie nouvelle que nous quittons le théâtre de plein air de la Villa des Arts de Rabat ce soir-là. À l’image de la nouvelle lune, le quator Taziri, a nourri nos oreilles, nos corps et nos âmes d’une onde de choc sensorielle !

Je voulais lui témoigner de toute ma gratitude à travers cet article...

 

© photo principale : Thomas Dorn © photo article : Laurie Arnauné